Vallée de la Solle

L'ancien sentier Denecourt de la Vallée de la Solle fut l'un des premiers sentiers inventés par le Sylvain. L'endroit était déjà apprécié par les premiers touristes de la forêt, avant que Denecourt n'y trace ses traits bleus. Notre description de cet ancien sentier, aujourd'hui dans la Réserve Biologique Intégrale (RBI) de la Vallée de la Solle, commençe à la Fontaine Sanguinède et rejoint la Fontaine du Mont Chauvet. Ce sentier fait suite au sentier du Mont Chauvet.


La première description d’un sentier au Gorges de la Solle est publié en 1850 dans la 5e édition de l'Indicateur Denecourt. Dans la 18e édition de 1876, la grande promenade aux rochers et bocages de la Solle commençait au Carrefour de la Fourche, aujourd'hui Carrefour de la Libération, tout près des anciens abattoirs de la ville. Le sentier longeait alors une carrière de sable, passait par un point de vue dit de la Sablonnière et traversait la futaie de la Butte-aux-Aires. C'est dans cette futaie que vivait Laurent Lazareth, surnommé « le sauvage de la forêt ». L’homme s’était construit une cabane dans un arbre en 1874, « afin, sans doute, de s’endormir dans les bras des zéphirs, le Sybarite ! » écrit Denecourt quelque peu moqueur. Natif de Savoie, Laurent Lazareth avait vécu plus de 16 ans dans la forêt des Maures, en Provence. Renonçant à cette vie, il parcourut la France pour se faire voir comme curiosité. Après s’être fait admirer à la fête de Fontainebleau, il résolut de s’y fixer. Malgré son allure sauvage, ses cheveux longs et sa barbe hirsute, c’était un homme avenant et poli, qui travaillait comme carrier. L'ancien sentier rejoignait ensuite le Carrefour Louis-Phillipe, traversait la futaie du Gros-Fouteau et arrivait à la route de la Reine, déjà macadamisée en 1875.

La Fontaine Sanguinède.


Construite par Denecourt en 1852 « à l'aide du généreux concours de la personne dont elle porte le nom. Outre ce bienfait, M. Sanguinède, je le dis avec plaisir, m'a fourni les moyens de créer sur d'autres points de la forêt diverses belles choses. L'eau de cette fontaine, quoique blondie par le sol de bruyère d'où elle sort, est bonne à boire. Il se trouve là, pendant la belle saison, quelqu'un autorisé à vendre de la bière et divers autres rafraîchissements ». Monsieur Sanguinède était un riche négociant parisien qui versa la somme de 322 francs en faveur de la souscription ouverte par Denecourt en 1850. La fontaine fut restaurée en 1884 par Charles Colinet. Voir notre article spécifique sur cette fontaine ici.

Petite Folie Denecourt.


La Petite Folie Denecourt, nommé ainsi par Denecourt « à cause des sommes assez rondes que m'a coûtée la transformation de cet endroit qui n'était qu'un amas de décombres et de broussailles, un fouillis inabordable et hideux à voir ainsi que tous ses abords qui aujourd'hui composent l'un des sites les plus intéressants et les plus fréquentés de nos déserts ».





Le Crocodile.





Belvédère de la Vallée de la Solle.



Le Bénitier (*).



Mare aux Ligueurs.

Voir notre article spécifique sur cette mare et son histoire, ici.

Mare aux Bouleaux. 

Cette mare fut creusée par Charles Colinet en 1884.

Atelier d'Albertine (L)

Albertine Chalvet est née le 28 février 1848 dans le petit village de Barbey près de Montereau dans la vallée de la Seine. À l'âge de treize ans, elle s'enfuit de chez elle pour suivre un amant à Constantinople. Elle revient à Paris avec un petit pécule et prend pour amant un prince russe. À partir de 1865, elle commence une carrière d’actrice et de chanteuse soprano au théâtre du Gymnase, du Palais-Royal et aux Folies-Marigny. En 1866, elle interprète le rôle de madame de Folle-Verdure dans l’opéra-bouffe La Vie parisienne de Jacques Offenbach. Albertine mène une vie dissolue, la police trouve son nom dans le carnet d’adresses d’une proxénète notoire, elle est renvoyée chez ses parents, mais fugue à nouveau. Pendant le siège de Paris en 1870, elle est vivandière de la Garde Nationale. Elle participe à la Commune et réchappe au massacre de la Semaine sanglante. En 1872, elle est arrêtée avec sa soeur pour racolage, mais un de ses riches clients la fait libérer. Elle part alors pour la Russie d’où elle revient en 1881, pourvue d’une modeste fortune acquise on ne sait comment. Elle reprend sa carrière de comédienne et joue un rôle sur mesure dans une pièce tirée du roman Nana d’Émile Zola. En 1901, elle est trouvée errante dans les rues de Paris, mourante de froid et de faim. Elle est conduite à la maison de santé de Charenton où elle meurt quelques jours plus tard.

Albertine par Nadar.

Capuchon du Père Dan (*).


Le père Pierre Dan était le supérieur du couvent des Trinitaires de la rédemption des captifs, que saint Louis avait installé en 1259 en son château de Fontainebleau. Ces Trinitaires ou Mathurins, comme on les appelait en France, desservaient la chapelle palatine et géraient l’hôpital. Les Trinitaires n'étaient autorisés par leur règle à ne voyager que sur un âne. C’est pourquoi, dans son Grand Dictionnaire historique de 1674, Louis Moréri les nomme : « les frères asnes de Fontainebleau ».

En 1631, le père Dan fut chargé du rachat des chrétiens esclaves à Alger. Il écrivit divers ouvrages sur les royaumes barbaresques ainsi que le fameux « Trésor des merveilles de la maison royale de Fontainebleau », publié en 1642. L’ouvrage est dédicacé à François Sublet de Noyers, l’influent surintendant des Bâtiments de Louis XIII. C’est un livre remarquable par son organisation longuement détaillée par une table des matières d’une grande clarté et par la méthode historique, fondée sur la citation et la critique des textes provenant des archives royales. Le père Dan écrit « qu’il vaut mieux ne rien déterminer des choses cachées que d’affirmer des choses incertaines ou douteuses ». Il présente le château comme « le chef d’œuvre le plus parfait qui soit en Europe, qui pour cela remporte sans contredit l’honneur d’estre le plus accomply de toutes les belles maisons qui se voyent au reste du monde ».

Le Trésor des merveilles de la maison royale de Fontainebleau, 1642.

Roche Adrienne Lecouvreur (M).


Adrienne Lecouvreur (1692-1730) est une comédienne, considérée comme la plus grande actrice de son temps. Née Adrienne Couvreur à Damery dans la Marne, d'une mère blanchisseuse et d'un père ouvrier chapelier, elle passe sa jeunesse à Paris. Elle intègre une petite troupe de comédiens et séduit un officier avec qui elle a une fille. Adrienne se fait remarquer en jouant dans la cour de l'hôtel de Sourdéac à Paris. C'est à cette occasion que le doyen de la Comédie Française s'entiche d'elle et décide de lui donner des cours de diction. Elle entre dans la troupe de la Comédie-Française et y joue pour la première fois dans Mithridate de Racine le 14 mars 1717. Elle veut jouer Célimène dans Le Misanthrope, mais doit y renoncer, le public refusant de la voir dans un rôle de comédie. Elle innove en renonçant à la diction chantante traditionnelle dans la tragédie et adopte une déclamation « simple, noble et naturelle ». Elle collectionne les amants, en 1720 une liaison amoureuse avec le militaire Maurice de Saxe, ce qui lui vaut la haine tenace de sa rivale, la duchesse de Bouillon.

Adrienne Lecouvreur dans le rôle de Cornélie 
d’après Charles-Antoine Coypel.

En 1730, sa santé se délabre et elle s'évanouit pendant une représentation. Elle fait l'effort d'interpréter Jocaste dans l'Œdipe de Voltaire, mais meurt peu après à l'âge de 37 ans. Le bruit court qu'elle a été empoisonnée à l'instigation de la duchesse de Bouillon. Voltaire demande une autopsie, dont les résultats ne sont pas concluants. Les comédiens étant frappés d'excommunication, l'Église lui refuse un enterrement chrétien. Elle est enterrée clandestinement pdans un terrain bague près des bords de la Seine. Voltaire, scandalisé, exprime son indignation dans le poème La Mort de Mlle Lecouvreur. L'histoire tragique d'Adrienne Lecouvreur a inspiré Eugène Scribe et Ernest Legouvé, qui en firent une pièce de théâtre en 1849. Sa vie a été portée plusieurs fois au cinéma, Sarah Bernhardt l'incarne dans un film de 1913, puis Joan Crawford en 1928 et Yvonne Printemps en 1938.

Adrienne Lecouvreur vers 1725, portrait anonyme.
Musée des beaux-arts de Châlons-en-Champagne.

Profil de Louis XVI.




Roche Joséphine Duchesnois.




Catherine-Joséphine Duchesnois, née Catherine-Joséphine Rafin dite Mademoiselle Duchesnois (1777-1835) est une tragédienne française. Née à Valenciennes dans une modeste famille, elle fut servante puis couturière jusqu'à ce qu'elle fasse ses débuts de comédienne dans une troupe locale d'amateurs en 1797. Voulant devenir comédienne, elle s'installa à Paris et prit des cours de déclamation. Elle réussit à se faire engager à l'essai pour cinq mois au Théâtre-Français, où le 3 août 1802 elle se produisit dans Phèdre de Racine. Sa prestation fut remarquée et le public enthousiaste. Le Premier Consul Napoléon Bonaparte vint l'applaudir. Le grand acteur Talma la prit pour partenaire. Bientôt elle fut opposée à l'actrice Marguerite-Joséphine Weimer, dite Mademoiselle George. Cette rivalité captivait le public, la Duchesnois n'était pas particulièrement belle contrairement à Mademoiselle George très élégante et jouant de ses charmes. La femme de Bonaparte, Joséphine de Beauharnais, prit sa défense et fit de Joséphine Duchesnois sa protégée. Le premier consul en fit une de ses maîtresses.


En 1804, elle devint sociétaire de la Comédie Française où, pendant vingt-cinq ans, elle tyrannisa ses camarades et la direction par son mauvais caractère, jusqu'à sa retraite en 1833. Joséphine Duchesnois était connue pour ses rôles dans les tragédies de Racine et pour son interprétation de Jeanne d'Arc de Charles-Joseph Loeillard d'Avrigny et de Marie Stuart de Pierre-Antoine Lebrun. En 1830, le critique Étienne-Léon de Lamothe-Langon écrit à son propos : « Elle pourrait être utile à la Comédie-Française, mais la persuasion qu'elle a de sa supériorité sur ses rivales, ses forces qui s'épuisent, sa déclamation toute de l'ancienne école, sa haine pour la tragédie romantique qui a son beau côté, nuisent à ses qualités. On peut la conseiller, elle n'entend pas les observations qu'on lui adresse. » 

 Catherine-Joséphine Duchesnois, 1777-1834.

Vallée de Rachel. 



« Le sentier devient une délicieuse petite galerie d'où nous sommes dominés d'une manière plus élevée encore à notre gauche par d'autres roches, puis, à notre droite, nous dominons une gorge peu spacieuse, mais très pittoresque : c'est la vallée de Rachel, véritable petit paradis, où nous allons descendre ; elle est très agréablement ombragée et mystérieusement entourée. » Denecourt 18e édition, 1876. Rachel Félix, plus connue sous son seul prénom de Rachel ou comme Mademoiselle Rachel, est née dans un hameau du canton d'Argovie en Suisse. Elle est la seconde fille du colporteur juif Jacob Félix et de sa femme Esther. La famille n'a pas de domicile fixe et vit sur les chemins. Après une nouvelle naissance, les Félix s'installent à Lyon. Rachel n'a pas dix ans quand son père l'envoie vendre des oranges dans les rues. Vers 1831, la famille décide d'aller s'installer à Paris, dans le quartier juif, vers la place de Grève. Rachel est une fillette romanichelles, elle chante aux carrefours des romances et des chansons équivoques. À douze ans, son père réussit à l'inscrire dans une troupe de théâtre amateur. Tous les dimanches, cette troupe donne une représentation, tragédie et comédie sont au programme. On joue dans les rues et dans le passage Molière. Bientôt Rachel et la vedette de ce petit groupe.

 Rachel par William Etty, vers 1843, York Art Gallery.

Un jour, le caissier du Théâtre-Français (qui en deviendra le directeur) la voit jouer Andromaque. Malgré son apparence « mince, chétive, petite, affublée d’un malheureux costume noir, avec un grand front, un œil cave, une voix dure et sèche », Rachel séduit son public et le caissier la fait entrer au Conservatoire. Son père, pressé d'exploiter le jeune phénomène, réussit à la faire engager au Théâtre du Gymnase. Le grand acteur Samson la remarque et prend Rachel sous sa protection, à force de travail, il transforme la jeune actrice et fait d'elle une grande tragédienne. En 1838, elle est à l'affiche dans Camille d'Horace au Théâtre-Français, Samson écrit dans ses mémoires : « Je me rappelle l’étonnement des spectateurs, je vois tous ces regards dirigés sur la jeune fille, toutes ces oreilles tendues pour mieux jouir de cette diction qui semblait si nouvelle et dont l’originalité consistait à être à la fois naturelle et grandiose. » Après l’essoufflement rapide du drame romantique, éclos en 1829 et presque à bout de course en 1838, Rachel arrive au bon moment pour restaurer Racine et Corneille, dont elle s’annonce la digne interprète.

 Rachel dans le rôle de Camille par Edouard-Louis Dubufe, vers 1850.

Bientôt c'est la gloire, les Classiques l'adulent et les Romantiques espèrent qu'elle deviendra leurs héroïne. Le succès grandissant, les cadeaux, les contrats et les courtisans pleuvent. Le père de Rachel, avide et pressé, dénonce tous les engagements de sa fille afin de renégocier en demandant des sommes énormes. Soutenu par le puissant avocat Adolphe Crémieux qui a fait de Rachel sa maîtresse, le père gagne les procès et obtient de cachets mirobolants. Mais l'argent ne fait pas le bonheur de Rachel, la femme de l'acteur Samson raconte : « J’ai toujours regardé comme un grand malheur pour Rachel, le changement si subit qui s’était opéré dans sa situation, passant de la misère la plus profonde à la richesse et au luxe. Au bout de deux années, elle n’avait plus rien à désirer. Aussi était-elle blasée à peu près de tout… » Afin d'échapper à son père, Rachel cherche le mariage et espère l'obtenir du comte Walewski, le fils de l'amour polonais de Napoléon, avec qui elle vient de donner naissance à un enfant. Mais le comte est jaloux et ne supporte pas les nombreux soupirants qui gravitent autour de Rachel. Tout s’effondre dans une rupture soudaine qui la laisse stupéfaite et la désespère en la privant de son enfant.

 Rachel à Auteuil en 1853 par Charles Nègre.

En 1841, sa vie errante commence par un triomphal voyage à Londres, et ne s’arrête plus. Elle donne de très nombreuses représentations en Belgique, en Suisse, en Hollande, en Prusse et surtout dans toute la France. En 1849  elle parcourt le sud-ouest du pays, donnant en trois mois soixante-quatorze représentations dans trente-cinq villes différentes. La vie de cette tournée frénétique l’épuise. Quand elle revient à Paris, son jeu se ressent de ce surmenage. En 1851, le nouvel administrateur du Théâtre-Français, Arsène Houssaye, offre à Rachel un nouveau contrat à des conditions fabuleuses. Le tsar de Russie souhaite la faire venir à Saint-Petersbourg ; elle obtient pour cela un congé d’un an en 1853. C’est là-bas un accueil grisant, éblouissant, Rachel est traitée par les Russes comme une reine.

 Rachel dans le rôle de Phèdre par Frédérique O’Connel, 1850. Musée Carnavalet. 

Son retour à Paris est horrible, sa jeune sœur Rebecca, qu’elle chérissait et qu’elle avait fait entrer à la Comédie Française, meurt de la tuberculose. Elle-même se sait atteinte de la même maladie. Paris lui devient amer et elle décide un voyage en Amérique. Rachel s’embarque le 11 août 1855 pour New York où elle va donner quarante-deux représentations consécutives. Épuisée, elle s’interrompt plusieurs semaines et part se reposer à La Havane. De retour en France, elle n’est plus qu’une pauvre phtisique, les médecins l’envoient au soleil, en Égypte. Elle revient à Paris « exténuée, livide, les yeux creux, ne pouvant pas proférer quatre paroles sans que sa voix expire dans un accès de toux. » Elle part en Provence et s’installe au Cannet où elle meurt le 3 janvier 1858 à l’âge de 36 ans.

Rachel sur son lit de mort par Charles Nègre, Le Cannet, 1858.

Sur le sentier.






Roche de Raucourt (N).

Françoise-Marie-Antoinette Saucerotte, dite la Raucourt est née à Paris en 1756, fille d'un comédien de Lorraine. Durant son enfance, son père l’initie au théâtre et lance sa fille dans le métier dans l'espoir qu'elle y fasse une meilleure carrière que la sienne. Elle débute à treize ans, sous la protection du prince de Turenne qui change son nom en Raucourt. En 1770, elle fait sensation à Rouen en jouant le rôle d’Euphmie dans Gaston et Bayard de Belloy. Son succès la fait admettre à la Comédie Française qu’elle intègre en 1772. Elle devient une actrice extrêmement populaire et se lie d'amitié avec la favorite du roi Louis XV, la comtesse du Barry. Françoise de Raucourt ne tarde pas à devenir une des maîtresse du roi. L’auteur anonyme des Fastes de Louis XV la présente ainsi : « Cette ardente demoiselle était si renommée pour ses impudicités qu'on l'appelait la grande louve ou la laye des bois, c'est dire à quel point elle était douée ; Louis XV dès sa première rencontre, se montra vivement séduit par son brio et ses initiatives. Le roi, se livra aux mouvements de la chair avec ce nouvel objet qui sortait comblé de bienfaits du maître et de la favorite. » 

Mademoiselle Raucourt d’après Jean Michel Moreau.

En 1773, elle est envoyée en prison pour dette et congédiée de la Comédie Française. Elle est de retour au Théâtre Français en 1779 grâce à la protection de la nouvelle reine, Marie-Antoinette. Mademoiselle de Raucourt s'affiche ouvertement comme lesbienne, on la soupçonne d'être la fondatrice de la Secte des Anandrynes, société secrète rassemblant des lesbiennes, ou plutôt des tribades, car le mot « lesbiennes » n’existe pas encore, qui ont fait serment d’être les ennemies des hommes et qui cherchent à se passer d’eux. Opposée à la Révolution, elle est emprisonnée six mois en 1793 avec d'autres acteurs, pour manque de loyauté aux principes de la révolution. Elle reparaît sur scène en 1799. Ayant réussi à conserver une certaine fortune, elle loue en 1801 le Château de la Chapelle Saint-Mesmin, en bordure de la Loire près d’Orléans. Elle fait du parc udu château un véritable jardin botanique, le catalogue des fleurs et plantes édité après sa mort comporte 463 lots dont un baobab. En 1806, elle se voit accordée une pension par Napoléon qui la nomme directrice des théâtres impériaux en Italie. Elle meurt à Paris le 15 janvier 1815, âgée de presque cinquante-neuf ans. Le prêtre de l'église Saint-Roch refuse l'entrée de l'église à son corps parce qu'elle avait été comédienne. Mais la foule venue pour ses obsèques défonce les portes de l’église et dépose le cercueil au pied de l'autel. Le roi Louis XVIII autorise à ce que soit lue une messe en faveur de l’ancienne actrice. Elle est enterrée au cimetière du Père Lachaise.

Mademoiselle Raucourt par Adèle Romany, 1812. 
Musée de la Comédie française.

Route des Accords.


Hêtre remarquable.


Carrefour des Gorges de la Solle.




Route Anaïs.
 



Rocher de la Thérésa.


Emma Valladon, dite Thérésa (1837-1913) est une chanteuse de cabaret qui était surnommée « la diva du ruisseau ». Fille d'un musicien de guinguette, sa jeunesse se passe sur les pavés de Paris. À 12 ans elle travaille comme apprentie modiste et chante dans les rues, son père meurt dans la misère et sa mère l’abandonne à une vieille cousine. À 16 ans, elle débute comme choriste au théâtre de la Porte Saint-Martin, et à 19 ans elle est engagée comme chanteuse au Café Moka, « une bien grande bouche pour un si petit établissement » ironise un critique dans le Tintamarre. En 1862, elle chante des romances à l'Eldorado et à l’Alcazar, les deux plus grands cafés-concerts de la capitale. Le succès qu'elle obtient est prodigieux, en moins d'un mois, le Tout-Paris accourt pour voir et entendre cette chanteuse issue du petit peuple et devenue un phénomène. On dit qu’elle a « un petit chic canaille » qui la distingue de toutes les autres chanteuses. Son succès est fulgurant et provoque une intense agitation médiatique, les producteurs lui proposent des cachets mirobolants. Mais beaucoup de critiques la dédaignent, la trouvant : « vulgaire, peuple, ruisseau », elle répond dans ses mémoires : « Soit ! Je suis une fille du peuple, et j’amuse le peuple. C’est ainsi que je trouve le moyen de ne pas me séparer de ma famille ! »

 Emma Valladon, dite Thérésa (1837-1913).

Pendant la guerre franco-prussienne, Thérésa déploie un grand patriotisme, quête pour les blessés, chante la Marseillaise dans les rues de Paris. Jacques Offenbach l’invite pour la création d’un opéra bouffe visant à ridiculiser les Prussiens. La chute de l'Empire, le 2 septembre 1870, empêche le projet d’aboutir. Après la Commune de Paris, Thérésa revient dans une capitale dévastée. Elle change de répértoire et chante des chansons réalistes avec plus de sobriété, style qui va inspirer de nombreux artistes jusqu’à Édith Piaf. En 1893, à 56 ans, elle décide de prendre sa retraite et se retire dans une ferme de la Sarthe où elle meurt en 1913. Thérésa est considérée comme la première grande star de la chanson française.

Hêtre remarquable.





Croisement avec la route des Deux Sœurs.

À ce carrefour, la route des Deux Sœurs mène sur l'ancien sentier du Grand Mont Chauvet.

Les frêres Vernet.  


C’était autrefois un groupe de trois chênes dénommé les trois Frêres. Denecourt les baptisa les Trois Vernet en hommage à une famille de peintre dont le plus connu était Horace Vernet (1789-1863), fils de Carle Vernet (1758-1836) et petit-fils de Claude Joseph Vernet (1714-1789). Fernand Desnoyer écrit dans son Almanach Parisien de 1864 : « Le peintre le plus populaire, — le Béranger de la peinture, — Horace Vernet, mourut au commencement de 1863. Il est inutile de faire sa biographie, chacun peut la faire. — Il a peint toutes les batailles depuis l’Empire jusqu’à l’Empire. Il a fortement attaqué la Restauration à coups de tableaux. Il faisait de la politique à l’huile et au crayon. Son enterrement a été aussi humble que sa célébrité était grande. Ce fut d’après sa volonté qu’il fut enterré si mesquinement. Si j’avais l’honneur d’être un grand homme, je désirerais être enterré le plus luxueusement possible. »
 

Sur le sentier.  




Grotte de la Dame Blanche (P).


La Dame blanche est un opéra-comique en trois actes de Boieldieu, sur un livret d’Eugène Scribe, créé le 10 décembre 1825 à l’Opéra-Comique. L'œuvre s'inspire de deux romans de Walter Scott, Le Monastère et Guy Mannering.

Georges et Anna, acte II scène VII de La Dame blanche.
Illustration du livre, le théatre de Scribe, 1834, dessin de Blanchard.

Groupe du 77.



« Le groupe de roches indiqué par le N. 77, et le plus rapproché de l'endroit où le chemin se bifurque, est plus digne encore de votre attention; les grès sans être aussi volumineux sont mieux groupés, mieux décorés de végétaux et plus riches de couleurs ; remarquez aussi cette roche trouée, perforée en plusieurs endroits, puis cette autre pierre élancée comme un monument druidique, c'est le Men-Hirr du Mont-Chauvet. » Denecourt 16e édition, 1856.

Sur le sentier.




Roche de Boieldieu (Q).

François-Adrien Boieldieu est né à Rouen en 1775, son père est le secrétaire de l'archevêché. Le jeune Boieldieu est initié à la musique par le maître de chapelle et l'organiste de la cathédrale Notre-Dame de Rouen. Il commence à toucher le clavecin à l'âge de sept ans et à neuf ans, il improvise sur l’orgue. Au début de 1791, il est organiste de l'église Saint-André et commence à composer de petits morceaux, des sonates et des romances. À l’âge de quatorze ans, il part seul pour Paris. Il revient à Rouen en 1791 et compose son premier opéra à seize ans sur des textes écrits par son père. Durant la Révolution, il compose plusieurs opéras qui sont représentés au Théâtre de Rouen. Lors de la Terreur, Boieldieu retourne à Paris et s'y installe comme accordeur de pianos. En 1800, deux de ses opéras, Benowski et le Calife de Bagdad lui donne un véritable triomphe. Berlioz attribue à sa musique une « élégance parisienne de bon goût qui plaît. »

 Portrait par Louis-léopold Boilly, vers 1800.
Musée des Beaux-Arts de Rouen. 

En 1804, il part pour Saint-Pétersbourg à l'invitation personnelle du tsar Alexandre Ier afin d'occuper le poste de compositeur de la cour. Il reste en Russie jusqu'en 1810 et y compose neuf opéras. De retour en France, il devient professeur de composition au Conservatoire de Paris. En 1825, il publie son chef-d'œuvre, La Dame blanche. Reconnu comme une des premières tentatives d'introduction du fantastique dans l'opéra, La Dame blanche a également été un modèle pour les opéras Robert le Diable de Meyerbeer ou Faust de Gounod. Son opéra suivant, Les Deux Nuits (1829) est admiré par Wagner qui loue « la vivacité et la grâce naturelle de l’esprit français ». Malade, il s’installe dans le sud de la France et perd progressivement l’usage de la parole, sans doute du fait d’un cancer du larynx. La faillite de l’Opéra-Comique et l’expulsion, à la Révolution de 1830, de Charles X, qui lui verse une pension, le prive de ses principales sources de revenus. Il meurt en 1834 dans sa maison de campagne de Varennes-Jarcy, il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Son fils Adrien, né en 1816, et éduqué au conservatoire sous son père, fut également compositeur.

Gravure d’après un dessin d’Henri-François Riesener, 1815.

Rocher Richard-Lenoir - Inscription incendie du 13 août 1876.

François Richard, dit Richard-Lenoir (1765-1839) est un industriel manufacturier d’étoffe qui devint l’un des principaux négociants en coton au début du XIXe siècle.

Roche de Mira Brunet (R).




Jean-Joseph Mira, dit Brunet est né à Paris le 17 novembre 1766, il est le fils d’un modeste boulanger. Il se fait remarquer très jeune pour son goût prononcé pour le théâtre, et passe son temps à apprendre des rôles qu’il joue devant d’autres enfants. Pour l’éloigner de ce penchant alors peu louable, son père l’envoi en Hollande, puis espère le fixer dans une étude de procureur. La Révolution donne sa liberté à Mira-Brunet, en effaçant les préjugés attachés au métier de comédien. En 1790, il rejoint une troupe ambulante qui parcourt la Normandie. Il cumule avec les rôles secondaires, les fonctions de copiste, de souffleur, d’allumeur de chandelles. En 1795, il revient à Paris pour entrer dans la troupe de la célèbre actrice, Mademoiselle Montausier. En 1807, il débute au théâtre des Variètés, qu’on venait de construire sur le boulevard Montmartre. Très vite, il obtient un grand succès dans différents rôles comiques où ses calembours et facéties font beaucoup rire. Durant sa carrière, il interprète plus de six cents rôles, le naturel et la franchise de son jeu le rendent très populaire. Il excelle à jouer les personnage un peu niais, simplets, mais aussi méchants et bêtes. D’autres grands acteurs comiques furent formés à son école, comme Charles-Gabriel Potier. Mira-Brunet dirige le théâtre des Variétés de 1820 à 1830. Il fait sa dernière apparition sur scène en 1841, à l’âge de soixante-quinze ans, mais il laisse un sentiment pénible aux spectateurs, c’est un vieillard qui n’arrive plus à faire rire de ses pitreries. Denecourt raconte que l’acteur venait dans ce coin de la forêt pour se reposer, il est mort à Fontainebleau le 21 février 1853.


L'acteur Jean-Joseph Mira, dit Mira-Brunet.

Sur le sentier.




L'ancien sentier arrive au sommet du Mont Chauvet, là où se trouvait une buvette puis un restaurant. On trouve, dans le chaos de roche situé juste en dessous de l'ancien restaurant, quelques bouteilles et verres anciens abandonnés.

Roche et passage de Léon Cogniet (T). 




Léon Cogniet est né à Paris le 29 août 1794, il est le fils d’un dessinateur en papiers peints, sa mère est la fille d’artisans fortunés. En 1812, il rentre à l'École des beaux-arts de Paris où il est l'élève de Pierre-Narcisse Guérin. Dans l’atelier de son maître, il côtoie Géricault et Delacroix. En 1817, à l’âge de 23 ans, il est le premier élève de l’atelier à remporter le Prix de Rome. Il est pensionnaire de l’Académie de France à Rome de 1817 à 1822. De retour à Paris, il faut attendre le Salon de 1824 pour le voir triompher avec son Massacre des Innocents. Le peintre appartient alors à la jeune école romantique. L’historien et critique d’art Paul Mantz écrit à son propos : « c’était un modéré et peut-être un sage. Il ignora le délire. Bien que ses origines lui eussent permis de se mêler aux luttes provoquées par l’invasion du romantisme, il resta calme ».

 Autoportrait, 1817, Musée des beaux-arts d'Orléans.

En 1827, le roi Charles X lui commande un plafond pour le Musée du Louvre en pleine rénovation. La même année, il réalise une série de peintures sur la vie de Saint Étienne pour l'église Saint-Nicolas-des-Champs de Paris. En juillet 1830, Léon Cogniet participe à la Révolution des Trois Glorieuses. Il travaille à un tableau évoquant le remplacement du drapeau blanc honni par les trois couleurs nationales. Le tableau ne verra jamais le jour, mais il en subsiste une étude, sur le ciel bleu de juillet, trois drapeaux blancs royalistes, couverts du sang rouge des héros morts pour la liberté, émergent d’une fumée évoquant les combats révolutionnaires. Cette esquisse fut reprise en une lithographie très largement diffusée. Elle était accompagnée d’un poème :

Aux ténèbres enfin succède la clarté
Et des pâles lambeaux du drapeau des esclaves
Et de l’azur du ciel et du sang de nos braves

Les Drapeaux, 1830, Musée des Beaux-Arts d’Orléans.

Durant la Monarchie de juillet, il reçoit de nombreuses commandes d'États, pour la Palais du Louvre, l'Hôtel de Ville, le château de Versailles, l'église de la Madeleine… À partir de 1843, il n'expose plus que très rarement au Salon et se consacre essentiellement à l'enseignement dont il est une des figures les plus importantes du XIXe siècle. Au cours de sa carrière, il multiplie les postes de professeurs de dessin. Il enseigne ainsi à l’École Polytechnique au Lycée Louis-le-Grand, où Degas apprend le dessin, ainsi qu’à l’École des Beaux-Arts. Parallèlement à ces charges officielles, Léon Cogniet tient un atelier privé où se forment de nombreux artistes tels que Meissonier, Bonnat ou Luminais. Il ouvre aussi un atelier pour jeunes filles dont il confie la direction à sa sœur Marie-Amélie, elle-même artiste peintre.

Portrait par Eugène Disdéri, vers 1865.

Ses fonctions d’enseignant l’accaparent et le détournent de la peinture qu’il n’expose plus que rarement. Ernest Vinet le note en 1862, en écrivant que « M. Cogniet n’a pas beaucoup produit. Toujours plus soucieux des autres que de lui-même, sa grande préoccupation, depuis des années, c’est d’ouvrir les voies à la jeunesse artiste, de la guider, de la soutenir avec une persistance et une sagesse que l’on ne saurait trop louer ». À partir de 1865, il reprend la pratique du paysage en Normandie à Langrune, ou en Picardie avec des vues de bord de mer et de vagues. Il meurt le 20 novembre 1880 puis est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. La ville de Paris a donné son nom à une rue du 17e arrondissement. Les hommages et commentaires après sa mort évoquent un homme généreux, modeste, rigoureux, faisant preuve de dévouement pour ses nombreux élèves, mais aussi un homme silencieux, réservé, timide, quelque peu laborieux et timoré dans la pratique de sa peinture.

Ancienne auberge du Mont Chauvet.












L’auberge du Mont Chauvet a brûlé dans un incendie dans la nuit du 9 au 10 juin 2004.
Le sentier se prolonge ici avec le début du sentier des Artistes.