Le Grand Mont Chauvet

L'ancien sentier du Mont Chauvet fut l'un des premiers sentiers inventés par Claude-François Denecourt. Le père Pierre Dan, dans son célèbre ouvrage sur le château de Fontainebleau, daté de 1642, y mentionne la présence de carrière : « Le Mont Chauvet, d'où l'on a tiré la pluspart de la gresserie de laquelle sont faits plusieurs beaux ouvrages de cette maison royale, à cause que le grez en est si beau qu'il prend presque le poly comme le marbre. » Le Mont Chauvet est inclus, depuis 1953, dans la réserve biologique intégrale du Gros Fouteau et des hauteurs de la Solle. Avec une surface de presque 304 hectares, c'est la plus grande réserve biologique de la forêt de Fontainebleau.

Le Sentier des Artistes.

Dans la 18e édition du guide Denecourt, publié à titre posthume par Charles Colinet en 1876, le Sylvain écrit : « Dès lors nous pénétrons dans le sentier communiquant de la fontaine du Mont Chauvet au rocher des Deux-Sœurs. Son développement, d’environ un kilomètre, est si pittoresque et si intéressant, qu’en le traçant et en le faisant ouvrir, j’ai éprouvé plus de plaisir encore qu’en créant le sentier de l’Amitié. On le trouve si charmant et si agréable à parcourir que je me suis décidé à l’appeler le sentier des délices. » Colinet ajoute en note de bas de page : « Une inscription aussi modeste que l’homme qu’elle honore et qui a été composée et peinte par trois artistes anonymes sur la paroi d’une roche que nous allons voir dans quelques instants à gauche, nous a suggéré la pensée de dédier aux Artistes le délicieux sentier que nous allons parcourir, dernière création de Denecourt. Nous avons donc cru changer son nom et l’appeler le sentier des Artistes. Que l’âme du bon Sylvain, qui certainement doit venir soupirer dans ces sites charmants, nous pardonne d’avoir sacrifier son texte à l’expression de notre reconnaissance ! » 


Mais ce sentier a connu auparavant encore un autre nom : « Continuez le sentier en dominant toujours pittoresquement l'infuyable vallée de la Solle, puis en passant tout à l'heure sur le bord de plusieurs fondrières non moins remarquables d'aspect, et ensuite vous aurez sous les yeux une petite gorge, un véritable chaos plus remarquable encore. Ce délicieux trajet que vous parcourez se nomme le sentier de Louise et Marie, jeunes soeurs bien chéries, qui de leurs épargnes en ont soldé la création. »  Denecourt, 16e édition, 1856.

La Fontaine du Mont Chauvet.


Voir l'article spécifique sur la Fontaine du Mont Chauvet, ici.

Roche avec inscription ancienne (V).


M AVLNAY M HARDY M TAPIN
C.DVANOBLE
1702
« Puis, au lieu de monter vers la route, nous pénétrerons, selon nos marques bleues, parmi les roches en passant tout d’abord au pied d’un chêne à notre droite, et aussitôt la lettre V à notre gauche, nous désignera une modeste roche dont la cavité a ses parois incrustées d’inscriptions qui datent du règne de Louis XIV. » Denecourt 18e édition.

Char des Fées ou la Roche qui remue (X).

«  Nous passons contre le Char-des-Fées, désigné par la lettre X. Cette énorme masse de grès a été surnommée la Roche qui remue, parce qu’elle bouge un tant soit peu lorsqu’une personne, montée sur sa base saillante, y saute à coups redoublés. Bien d’autres roches dans la forêt sont mises en mouvement avec moins d’efforts, ainsi que nous l’indiquons dans plusieurs de nos promenades. » Denecourt, 18e édition.


La roche ne bouge plus depuis le 4 juin 1983, jour où elle a glissé sous les assauts d’un sauteur nommé Monsieur Hougros et qui a dù connaître une belle frayeur ! 

Sur le sommet du rocher, on peux encore voir plusieurs inscriptions anciennes :

V PAROT          A MU(..)IN                E MONCOURT   
1846            JULES PELEP-BPS        SM 1872
     1872

Deux des inscriptions sont l’œuvre de conscrits de 1872 (SM = Service Militaire ; BPS = Bon Pour le Service).


Grotte et rocher de Paul et Victorine.


En 1850, Denecourt écrit avec humour : « Grotte qui probablement doit son nom à quelque couple amoureux venu par là pour y faire sinon de la philosophie, sinon de la politique, mais bien plutôt pour se soustraire ... à quelque malencontreux orage. » Plus mystérieusement, il écrit dans la 18e édition : « la grotte de Paul et Victorine, deux infortunées créatures que nous avons connus. » Au-dessus de la grotte se trouvait le belvédère de Muller en hommage à Charles-Louis Müller (1815-1892), peintre d'histoire, portraitiste et décorateur.

Rocher Denecourt.


Sur cette paroi de grès, ancienne carrière, figurait autrefois un poème d’Émile Bethmont, en hommage à Denecourt. Le texte a aujourd’hui disparu malgré une restauration faite en 1938. On trouve ce texte en ouverture de la 18e et dernière édition du guide Denecourt.


Vieux chêne remarquable.



Chaos du Sylvain.



Chêne de Lacan (Y). 


Né à Paris en 1828, Ernest Lacan étudie la peinture à l'atelier du peintre Léon Cogniet puis il travaille comme libraire et devient ensuite journaliste. Avec l'aide du peintre Jules-Claude Ziégler, il fonde le journal La Lumière, dont le premier numéro sort le 9 février 1851. Le journal est sous l'égide de la Société héliographique qui a pour ambition de révéler les progrès et les travaux scientifiques « d'écriture avec le soleil » et d'être un lien entre les Beaux-Art et l'héliographie considérée comme une science. La Société d'héliographie fut remplacée en 1855 par la Société Française de Photographie, qui existe toujours. La Lumière est le premier journal au monde consacré à la photographie, hebdomadaire, il est publié jusqu'en 1867.


Après le coup d'état de Louis Napoléon Bonaparte, en décembre 1851, La Lumière est acheté par un grossiste de matériel photographique, Alexis Gaudin, qui nomme Ernest Lacan rédacteur en chef. Il quitte sa direction fin 1860 pour créer son propre journal Le Moniteur de la Photographie, avec l'éditeur allemand Paul Liesegang, le premier numéro sort le 15 mars 1861. Dans son nouveau journal, Lacan s'intéresse aux différentes applications de la photographie, nottament dans la science, la police et l'armée. Mais son grand domaine de prédilection est la photoraphie de voyage et de reportage. En 1870, Lacan reste seul propriètaire du journal qui existera jusqu'en 1914. Son appartement parisien est connu pour être un véritable salon consacré à la photographie, à l'égal d'un salon littéraire. Lacan publie quelques livres comme Esquisses photographiques en 1856, recueil de ses articles publiés dans La Lumière et Les petites gens en 1870. Il s'éteint à l'âge de cinquante et un ans, le 18 janvier 1879.

Ernest Lacan, portrait parNadar.

En 1856, il écrit à propos de la photographie : « en se prêtant chaque jour à des applications nouvelles, elle est devenue un auxiliaire [très] puissant pour les sciences et les arts. Elle est descendue peu à peu de la terrasse du faiseur de portraits dans l’atelier du peintre, dans le laboratoire du savant, dans le cabinet de l’homme du monde, et jusque dans le boudoir de nos élégantes. Elle a passé les mers, franchi les montagnes, traversé les continents […] ; et puis, chacun l’appliquant à ses goûts ou à ses besoins, elle est allée, avec l’artiste et le touriste, dans les musées, dans les cathédrales, au fond des bois silencieux, aux sommets escarpés des Alpes ou des Pyrénées ; elle s’est introduite avec le savant dans les collections précieuses de la science ; avec le médecin, dans les hôpitaux ; avec le magistrat, dans les prisons ; avec l’industriel, dans les manufactures : elle s’est montrée nécessaire partout, et partout elle a tenu plus qu’elle n’avait promis. » (Publié dans Esquisses photographiques, à propos de l’exposition universelle et de la guerre d’Orient, 1856).

Le Samson.


Chêne autrefois remarquable et dont il ne reste aujourd'hui qu'un tronc mort que l'on nomme « chandelle » dans le vocabulaire forestier. « C'est tout d'abord sur votre gauche le Chêne de la Cigogne, ainsi nommé parce qu'une cigogne est venue s'abattre et mourir sur sa cime il y a quelques années; un instant après vous passerez au pied d'un chêne autrement remarquable et portant le numéro 5, c'est le Samson, formant d'uen manière imposante le premier plan d'un très beau point de vue. » Denecourt, Le Fontainebleau des voyageurs des trains de plaisir, 1850. Joseph-Isidore Samson (1793-1871) est un comédien et auteur dramatique français. Il fit partie de la troupe de la Comédie-Française, nommé 241e sociétaire en 1827. Il sera le doyen de « la maison de Molière » de 1842 à son départ en 1863. Voir l'article spécifique au Samson, ici.

Bouquet d’Ary Scheffer.


Chêne autrefois remarquable et dont il ne reste aujourd'hui qu'un tronc mort. Nommé ainsi par Denecourt en hommage au peintre Ary Scheffer. Né au Pays-Bas dans la ville de Dordrecht en 1795, Ary Scheffer est le fils d’un peintre hollandais. En 1811, il vient à Paris étudier dans l’atelier du peintre Guérin, il expose une première fois au Salon de 1819. Plus tard, il deviendra un portraitiste réputé et fut professeur de dessin de Marie d’Orléans, la fille de Louis Philippe. Après la Révolution de 1848, Scheffer s’isole dans son atelier de la rue Chaptal à Paris, qui deviendra l’actuel Musée de la Vie Romantique. Protestant pratiquant, il peignit de nombreuses toiles à caractère religieux, s’inspirant des œuvres de Faust, Byron et Goethe pour peindre des scènes qui firent de lui un peintre majeur du mouvement Romantique. Sa fille unique légua des nombreux tableaux à la ville natale de son père qui édifia un musée qui portait son nom, aujourd'hui le Dordrechts Museum. Il s'éteint à Argenteuil le 15 juin 1858.

Les ombres de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta apparaissent à Dante et à Virgile.
Ary Scheffer, 1854. Musée du Louvre.

Le Frappaz.


En hommage au peintre Jules Frappaz, (1814-1888).

Belvédère de Roqueplan.


Camille Rocoplan, dit Roqueplan, (1803-1855), peintre français de l’école romantique.

Jean-Jacques Rousseau cueillant des cerises, 1836. 
Musée-Château d’Annecy.
Oasis de Charles Lefebvre (Z).


« la lettre Z nous dira que le charmant petit chaos de rocher que nous allons franchir est l’oasis de Lefebvre, d’Avon, nom de l’un des principaux et fidèles collaborateurs de nos travaux. » Denecourt 18e édition. 

Passage du rocher du Libérateur (A).


Le 4 septembre 1870, suite à la capture de Napoléon III par les Prussiens, Gambetta fait proclamer la IIIe République. Le 28 janvier 1871, le gouvernement français signe un armistice qui met fin aux combats de la guerre franco-prussienne. Une Assemblée nationale est élue le 8 février 1871, elle désigne Adolphe Thiers comme « chef du gouvernement exécutif » de la République française. La première mission de Thiers est de préparer le traité de paix définitif avec l'empire allemand. Accompagné de Jules Favre (ministre des Affaires étrangères), Thiers se rend au château de Versailles où se sont installés en vainqueurs l’empereur allemand Guillaume Ier et le chancelier Bismark. Les deux départements alsaciens et la Lorraine du nord (aujourd’hui la Moselle) sont abandonnées à l’Allemagne. Il est aussi convenu que les troupes d'occupation se retireront à mesure que sera versée une indemnité de guerre de cinq milliards de francs. La paix est signée le 26 février 1871, à Paris c’est la consternation. La révolte gronde et débouche, le 28 mars, sur l'insurrection de la Commune.

Adolphe Thiers par Disdéri.

Le 10 mai, Thiers conclut un traité de paix avec l'Allemagne. Considéré comme le « Libérateur » il peut maintenant mater l’insurrection parisienne. Le 28 mai, il ordonne aux troupes versaillaises, commandées par le maréchal de Mac Mahon (le vaincu de Sedan), d’entrer dans Paris et d’écraser la Commune. C’est le début de la Semaine sanglante, dont le bilan est d’environ vingt à trente mille morts chez les communards. La Troisième République commençe son règne dans le sang du peuple parisien. Le communards surnommait Thiers de nombreux noms insultants comme : « l’infâme vieillard, foutriquet, sa majesté obus Ier, César en raccourci, croquemort de la Nation, Adolphe le petit, vieil asticot, petit goret, la hyène … » Georges Clemenceau, maire de Montmartre pendant la Commune, écrira : « Thiers, le type même du bourgeois cruel et borné qui s’enfonce sans broncher dans le sang ». Thiers est nommé Président de la République par la loi Rivet du 31 août 1871. En 1877, l’année de sa mort, Gambetta le proclame « libérateur du territoire ».

Une rue à Paris en Mai 1871 par Maximilien Luce, 1903. Musée d'Orsay.

« Tant qu’un homme pourra mourir de faim à la porte d’un palais où tout regorge, il n’y aura rien de stable dans les institutions humaines ». Eugène Varlin, membre de la Commune de Paris, fusillé le 28 mai 1871.

Rocher Jules Grévy (B).


Ce chaos de grès a été nommé ainsi par Denecourt en hommage à Jules Grévy (1807-1891). Né dans le Jura, Jules Grévy suit des études au collège de Dole et obtient une licence de droit à Paris. Devenu avocat, sa carrière politique débute lors de la révolution de 1848, il est alors nommé commissaire de la République puis est élu député du Jura. Lors du coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte, il est arrêté, puis libérére peu après. Redevenu avocat, il est élu membre du conseil de l'ordre du Barreau de Paris en 1862, puis bâtonnier. Jules Grévy revient en politique à la fin du Second Empire. Élu député du Jura en 1868, il siège dans l'opposition. En 1870, il est hostile, avec Léon Gambetta et Adolphe Thiers, à la déclaration de guerre contre l'Allemagne. En février 1871, il est élu président de l'Assemblée nationale, il réprouve l’écrasement de la Commune de Paris. Il se présente une première fois candidat à l'élection présidentielle de 1873, sans succès, face au légitimiste Patrice de Mac Mahon.

Jules Grévy en 1879, à droite caricature d'André Gill.

De nouveau élu président de la Chambre des députés en 1876, il dirige le parti républicain. Le 30 janvier 1879, le président Mac Mahon démissionne. Le jour-même, les parlementaires élisent Jules Grévy à la présidence de la République. Jules Grévy entreprend une révision de la Constitution qui renforce le rôle des chambres parlementaires et affaiblit l’exécutif. Le 14 juillet et La Marseillaise sont adoptés comme symboles de la République et le président s’installe officiellement au sein du palais de l'Élysée. C'est à l'occasion du décès de Victor Hugo, le 22 mai 1885, qu'il décide de rendre au Panthéon de Paris le statut de temple républicain. Jules Grévy est réélu à la présidence de la République, lors de l'élection de décembre 1885. C’est le scandale des décorations qui le force à demissionner en 1887, commence alors la crise boulangiste. Il meurt en 1891 dans son Jura natal. On considère aujourd’hui Jules Grévy comme responsable de l'absence d'un pouvoir exécutif fort et de l'instabilité des gouvernements successifs de la IIIe République. Il reste néanmoins l’homme qui établit définitivement les idées républicaines dans les institutions politiques du pays. Denecourt, mort en 1875, n’aura connu Jules Grévy que comme parlementaire, mais il ne s’était pas trompé en voyant en lui un grand républicain.

Le Béranger.



Pierre-Jean de Béranger (1780-1857) est un chansonnier prolifique qui remporta un énorme succès à son époque. Ces compositions furent reprises par les chanteurs des rues et dans les goguettes de Paris, il inventa un style qui existe toujours. Il composa de nombreuses chansons sous le Premier Empire. Durant la Restauration, il écrivit des chansons contestataires, contre la Monarchie et pour la République, ce qui lui vallu d’être emprisonné à deux reprises, en 1821 et 1828. Après la Révolution de 1848, il refusa toutes les offres d’emploi que lui proposait la Seconde République. Il mourra couvert de louanges par de grands écrivains comme Chateaubriand, Goethe, Sainte-Beuve, Sue et beaucoup d'autres. En 1854 , Béranger écrit à Denecourt : « A deux âges bien différents de ma vie, j’ai vu Fontainbleau. Enfant, j’ai habité Samois, et, Vieillard, j’ai passé une année dans Fontainbleau même. Sans le voisinage de la cour et le monde qu’elle y attire, j’y serais sans doute encore. »

Béranger par Ary Scheffer.
 Musée de la Vie Romantique, Paris.

Bouquet de Lisette.


Hêtre en bouquet aujourd'hui disparu. Lisette était le surnom de Judith Frère, compagne et muse de Béranger, le poète lui rend souvent hommage dans ses chansons. Lisette est née à Paris en 1777, rue Montorgueil, alors quartier populaire. Elle perd sa mère étant encore très jeune, son père est un maître d’armes. Lisette reste près de lui jusqu’à ses douze ans. En 1789, il se donne à la Révolution et laisse sa fille aux soin d’une vieille cousine, il disparaît durant le premier Empire. Doté d’une modeste pension, héritage de sa mère, Lisette fréquente dans sa jeunesse la salle d’arme d’un certain Valois, Faubourg Saint-Antoine, c’est là qu’elle aurait rencontré Béranger.


Arsène Houssaye, dans ses Souvenirs de jeunesse publié en 1896, raconte : « J’ai déjeuné quatre fois chez Béranger, qui a bien voulu dîner deux fois chez moi, quand nous étions voisins à Beaujon. La seconde fois, j’avais presque décidé Lisette à être du dîner, comme une maîtresse légitime qu’elle était. Il ne manquait guère que les sacrements à cette union. Certes, ceux-là n’eussent jamais divorcé, tant c’étaient deux braves cœurs allumés l’un par l’autre. Lisette chantait les chansons de Béranger. Ç’avait été la Muse du chansonnier. Elle avait eu quelque beauté et beaucoup de charmes. Je lui dis qu’on reconnaissait bien en elle la Muse du poète. — Oh la Muse ! non, me répondit-elle ; mais j’étais souvent son dictionnaire de rimes. Elle était mieux que cela, elle était sa cuisinière. Même les grands jours, quand il y avait deux amis à la table, c’était elle qui veillait au menu ; les pigeons plus souvent que les perdreaux étaient fricassés par elle. D’ailleurs, elle mettait la main à tout, pour que tout fût exquis. » Judith Frère dite Lisette s’éteint le 8 avril 1857, trois mois avant Béranger qui la rejoint pour l’éternité le 16 juillet.

Vous vieillirez, ô ma belle maîtresse !
Vous vieillirez, et je ne serais plus.
Pour moi, le temps semble, dans sa vitesse,
Compter deux fois les jours que j’ai perdus.
Survivez-moi ; mais que l’âge pénible
Vous trouve encor fidèle à mes leçons ;
Et bonne vieille, au coin d’un feu paisible,
De votre ami répetez les chansons.


Sur le sentier des Artistes.





Point de vue vers le Nord.


Roche Larminat (E).



Le baron Jean-Charles Nicolas de Larminat (1777-1840), fut conservateur de la forêt de Fontainebleau de 1815 à 1830 et maire de cette ville pendant douze années. Né à Verdun, il rejoint le service des armées de la première République en 1793 où il servira dans plusieurs hôpitaux. En 1803, il entre dans l’administration des eaux et Forêt nouvellement créée par le Consulat. En 1806, il est nommé à Fontainebleau où il épouse Victorine Marrier de Bois d’Yver, la fille de son supérieur hiérarchique. Après un passage comme inspecteur à Rambouillet, il revient à Fontainebleau en 1815 pour remplacer son beau-père. En 1818, Louis XVIII le nomme maire de Fontainebleau et l’élève au rang de baron. Avec le titre de conservateur des Forêts et Chasse de la Couronne, le baron de Larminat va gérer la forêt de Fontainebleau jusqu’en 1830.

Le baron Jean-Charles Nicolas de Larminat (1777-1840).

Lorsque le baron de Larminat prend son poste, la forêt est en très mauvais état. De 1790 à 1815, des coupes sombres ont été effectués laissant des grandes surface vides d’arbres. Il fait diminuer les coupes et lance une politique ambitieuse de repeuplement avec plus de 1285 hectares plantés entre 1815 et 1830. Il introduit de nouvelles espèce d’arbres dans la forêt comme le chêne rouge d’Amérique (Quercus rubra) et le pin laricio ou pin noir (Pinus nigra). Surtout il plante de nombreux résineux sur les terres peu fertiles des rochers et platières. En 1819, à la Gorge du Houx et à différents carrefours forestiers, il fait planter 246 cèdres du Liba. Il introduit aussi des mélèzes, des cèdres rouges de Virginie, des épicéas et différentes espèces de pins. Il est à l’origine d'une expérience botanique : des Pins noirs de Corse, d'Autriche et de Calabre sont greffés sur des Pins sylvestre (Pinus sylvestris) appelé pins du Nord ou pins d’Écosse dans les textes du XIXe siècle. Le but était d'acclimater des espèces nouvelles en créant des porte-graines devant servir de semanciers. L’expérience n’’est pas concluante, les hybrides ainsi créés restent stériles. Le baron de Larminat doit quitter son poste suite à la révolte des carriers après la révolution de 1830, le nouveau régime le mute à Compiègne, c’est son beau-frêre, Achille Marrier de Bois d’Hyver qui prend sa succession à Fontainebleau.

Chêne d'Auguste Luchet.


Auguste Luchet (1806-1872) est un écrivain, auteur dramatique, journaliste, critique d’art, chroniqueur et militant politique, fervent républicain. Né à Paris, il passe sa jeunesse à Dieppe et retourne dans la capitale en 1823 où il entre dans une maison de commerce. Il abandonne vite le travail en magasin et se lance dans une carrière littéraire. En 1830, il participe activement à la révolution qui fait tomber Charles X. Sous le règne de Louis-Philippe, ses écrits lui valent d’être condamné à deux ans de prison, il s’exile à Jersey où il passe cinq années. Après la Révolution de 1848, la toute jeune seconde République le nomme gouverneur du château de Fontainebleau dont il n’occupe le poste que brièvement. On lui doit le rétablissement des aigles de l’Empire sur la grille de la cour des Adieux. Luchet écrira pour Le Temps, journal de centre gauche sous la monarchie de Juillet, puis pour La Réforme, fondé par Ledru-Rollin, aux idées beaucoup plus radicales, républicaines et sociales ; ses articles cotoiront alors ceux de Marx, Proudhon et Bakounine. La Réforme sera interdit en 1851 par Napoléon III.

 Auguste Lucher par Nadar.

Proche des idées de Saint-Simon, il professe un socialisme à caractère religieux. La République est selon lui démontrée par les Évangiles, idée partagée par de nombreux acteurs de la révolution de 1848 qui voyaient en Jésus, « le premier des Montagnards ». Jean Jaurès reprendra ces idées à la fin du XIXe siècle. Denecourt et Auguste Luchet, liés d'amitié, feront liste commune à l’élection législative d’avril 1848. Ensemble, ils militeront contre le premier gouvernement du président Louis Napoléon Bonaparte. Luchet rédigera pour les guides Denecourt une histoire du château de Fontainebleau et défendra l’œuvre de son ami le Sylvain.

Passage Jules Verne. 


Nommé ainsi par Charles Colinet, Denecourt ne mentionne pas ce passage.

Jules Verne, portrait anonyme daté de 1892.

Descente du Houx (F).




Le Montalembert (G), arbre aujourd'hui disparu.
« Voici un vieux chêne dont la base, s'étendant singulièrement sur un grès, présente une ténébreuse cavité, c'est le Montalembert. » 16e édition, 1856. Charles de Montalembert (1810-1870), journaliste, historien et homme politique français.

Galerie Bois d'Hyver (G).


Denecourt baptisa ce passage d'un autre nom : « La lettre M vous annonce un passage plus mystérieux encore, mais encaissé d'une manière formidable, c'est la galerie du Rocher de Jean-Jacques Rousseau, à la sortie de laquelle vous verrez l’Actéon, vieux hêtre qui semble posté là comme pour protéger cette solitude. »  16e édition, 1856. Plus tard, il changera le nom de cette galerie : « Tout de suite après, la lettre G nous signale l’entrée de la galerie Marrier de Bois d’Hyver, passage montant entre d’énormes rochers, que la personne de ce nom, ancien conservateur de la forêt, a fait ouvrir à notre prière, il y a trente et des années. » Denecourt 18e édition.




Pendant un siècle, des membres de la famille Marrier de Bois d’Hyver ont occupé des postes importants dans l’administration forestière : lieutenants de la maîtrise particulière sous l’Ancien Régime, puis inspecteurs ou conservateurs. Pierre-Jean-Victor Marrier de Bois d’Hyver (1752-1823), occupa cette charge jusqu’en 1815. De 1830 à 1848, sous la monarchie de Juillet, c’est son fils, Achille Marrier de Bois d’Hyver (1794-1874) qui a le titre d’Inspecteur des forêts de la Couronne à Fontainebleau. Il a sous ordres un sous-inspecteur, Félix de Violaine, deux gardes généraux, dix brigadiers, dont trois sont montés, trente-quatre gardes, quatre cantonniers et un garçon garde, plus quinze gendarmes à cheval, chargés de la surveillance de la forêt.

 Achille Marrier de Bois d’Hyver (1794-1874).

Dès 1831, Achille Marrier de Bois d’Hyver lance les premières exploitations en réensemencement naturel, selon les méthodes mises au point par l’École royale forestière de Nancy, ouverte en 1824. Quand il prend ses fonctions en 1830, il n’y avait que 500 hectares plantés de résineux. Il se met à planter massivement des pins laricio et sylvestre, des mélèzes et des épicéas. Plus de 5400 hectares furent ainsi repeuplés de résineux durant les 18 ans de son mandat. Il fait construire une sécherie à la Faisanderie afin de produire ses propres graines. En 1847, aux Gorges d’Apremont, les semis des années 1832-1837, ont produit un vaste manteau vert de plus de 400 hectares. Du haut du Mont Chauvet, on peut voir les 35 hectares de la vallée de la Solle recouverte de pins. Les peintres de l’École de Barbizon s’élèvent vigoureusement contre cette transformation du paysage de la forêt de Fontainebleau. On raconte qu’ils allaient la nuit arracher les jeunes pousses et que l’on ne pouvait entrer à l’auberge du père Ganne sans en avoir fait une bonne moisson. Alfred Sensier, l’ami et biographe des peintres Rousseau et Millet, traite de « stupide » le conservateur Bois d’Hyver, il vilipende ce « forestier destructeur qui a empoisonné les landes et les plaines mousseuses de ses pins russes qui déshonorent notre sol gaulois ».



C’est sous l’autorité de Bois d’Hyver, avec l’accord du roi, que le plan et les travaux d’assainissement du marécage de la Mare-aux-Evées sont décidés. Pour l’exposition de Paris en 1844, il fait présenter du parquet et des meubles en pin maritime, sortis de l’atelier du menuisier et poète Alexis Durand, ainsi que des objets souvenirs en bois de genévrier et qui obtiendront un grand succès auprès des touristes. Sensible au développement du tourisme en forêt, Bois d’Hyver fait ouvrir plus de 100 km de nouvelles routes destinées aux calèches qui transportent les promeneurs sur les sites les plus réputés. Ainsi, la route tournante du Grand Mont Chauvet est ouverte en 1841. Il soutient l’œuvre de Claude-François Denecourt, en donnant un accord tacite à la création des sentiers bleus qui sont pourtant très critiqués dès leurs ouvertures. Denecourt, reconnaissant, changera le nom de cette galerie de grès pour lui attribuer le nom de son protecteur. Avec la révolution de février 1848 et le retour de la République, Bois d’Hyver paye le prix de sa proximité avec la monarchie de Juillet, il est muté en Basse-Normandie, affectation beaucoup moins prestigieuse. Il prend sa retraite en 1855, revient à Fontainebleau et y meurt en 1874 à l’âge de quatre-vingts ans.

Rendez-vous des Artistes (H).



« Ayant gravi vers ce passage étroit, formé en équerre, et franchi son intérieur saisissant, le sentier devient pour un instant moins abrupt et descend en tournant tout à l'heure à droite pour traverser le Petit Rendez-vous des Artistes, l'un des plus jolis sites de la promenade. Vous le reconnaîtrez par sa plate-forme et son encaissement délicieux dans une gorge en fond de cuve et dominant elle-même, presque à pic, une autre gorge qui en est la suite; mais ce fond de cuve, mais les deux côtés et le devant de la gorge sont si heureusement disposés, si bien accidentés et si richement décorés par la végétation, qu'il ne manque là que de l'eau pour en faire le plus charmant paysage. Ne dirait-on pas, en effet, que du milieu de ce pittoresque pêle-mêle de grès si merveilleusement entassés les uns sur les autres et si bien tapissés de mousse verte et soyeuse, vont s'échapper des jets d'eau, des cascades pour en entretenir la fraîcheur, et en compléter l'attrait déjà si enchanteur. » Denecourt 16e édition, 1856.  Hélas, l'eau est rare en forêt de Fontainebleau, hormis les mares, la principale source d'eau était située là où l'on construisit un château, il y a plus de neuf siècles. Cette source portait le nom latin de Fontem Bleaudi — La fontaine de Bleau, qui donnera le nom Fontainebleau.


L'Actéon.


Ce vieux hêtre mentionné par Denecourt était toujours là en 1876 (16e édition). Dans les guides publiés ensuite par Charles Colinet, l'Actéon n'est plus mentionné. Le hêtre n'ayant pas la longévité du chêne, tous les hêtres remarquables nommés par Denecourt ont disparu, à l'exception notable du hêtre de Couder. Curieusement, là où se trouvait l'Actéon, on peut de nos jours admirer un remarquable hêtre, aux racines formidables, surgissant du chaos de grès nommé le Rendez-vous des Artistes.

Actéon surprenant Diane, gravure du XVIIIe siècle.

Dans la mythologie grecque, Actéon est un chasseur célèbre, fils du héros Aristée et d’Autonoé, fille de Cadmus, fondateur et roi de Thèbes. Le mythe d’Actéon est surtout connu par Les Métamorphoses, poème épique en latin, composé par Ovide au tout début du premier siècle. Dans ce célèbre texte, Actéon surprend la déesse Diane en train de se laver en forêt. Cette dernière, furieuse, le transforme en cerf. Les chiens d'Actéon, ne reconnaissant plus leur maître, finissent par le dévorer. Au Moyen Âge, l’engouement pour Les Métamorphoses fut énorme, de cette époque date des traditions folkloriques telle la figure du loup-garou inspiré du récit de Lycaon. La Renaissance et l’âge classique vont utiliser Les Métamorphoses comme support à d’innombrables œuvres d’art.

L’Aimé-Perret (I). 

Aimée Perret (1847-1927) est un peintre qui vécut près d’un demi siècle à Bois-le-Roi où il est mort.



Aimée Perret par Nadar.

Sur le sentier.



Rocher des Deux-Sœurs.


« M. de Larminat, conservateur de la forêt de 1815 à 1830, ayant marié sa seconde fille, en 1829, à M. de Saint-Venant, capitaine aux hussards de la Garde royale, en garnison à Fontainebleau, ce dernier voulut célébrer son mariage dans l’un de nos sites jusqu’alors inexploré, celui où nous nous trouvons. En souvenir de cette fête de famille, M. de Saint-Venant grava de sa main l’inscription que nous voyons, en l’honneur des demoiselles Anaïs et Félicie de Larminat. Tel est l’origine toute gracieuse du nom donné au rocher des Deux-Sœurs. » Colinet 34e édition. Félicie de Larminat (1810-1855), la fille cadette du baron de Larminat, épousa Louis Barré de Saint-Venant (1792-1857). Le couple est enterré au cimetière de Fontainebleau.

« Ayant gravi les sept à huit marches et traversé la plate-forme au-dessus, nous allons aborder un espace plus vaste, où viennent les cochers avec leurs voitures pour faire mettre pied à terre à leur voyageurs ou pour les attendre. A cet endroit se tient également quelqu’un qui est autorisé à vendre des rafraichîssements. » Denecourt 18e édition.

Croisement Route des Deux-Sœurs.



Belvédère de Lavoisier (Z).


Antoine Laurent de Lavoisier, (1743-1794) est un chimiste, philosophe et économiste. Il est considéré comme le père de la chimie moderne. Lavoisier est guillotiné pendant la Terreur, le 8 mai 1794.

Portrait de Lavoisier et sa femme par David, 1788. 
Metropolitan Museum of Art.

Sentier de l’Amitié.

« Le sentier que nous allons parcourir de l’autre côté de cette route macadamisée, est l’un des plus délicieux parmi les plus intéressants de la forêt. Il sillonne plus ou moins en contre-bas, plus ou moins sur le bord déchiré du plateau, une suite de sites en miniature, offrant, à chaque pas un nouveau tableau, un nouveau point de vue toujours plus joli et plus ravissant, et dont l’aspect enchanteur vous charme et vous rend heureux. J’ai appelé ce délicieux fil d’Ariane, le sentier de l’Amitié. » Denecourt 18e édition.

Belvédère de Ingres (Y). 


Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867), est un peintre français néo-classique.

Vieux hêtre sur le sentier. 


Oasis de Paul et Virginie.

Paul et Virginie est un roman de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, écrit en 1787 et qui connu un immense succès. « Deux enfants s'aiment ingénument depuis leur naissance. Ignorants et pauvres, loin de toute civilisation, sans contact avec la société, affranchis des usages tyranniques, des préjugés corrupteurs, des faux besoins, des vaines curiosités, ils sont heureux et vertueux. La société les sépare : Virginie est appelée en France par une parente riche, donc égoïste. Notre monde effraie, dégoûte sa pauvre âme ; elle revient, et meurt dans un naufrage, sous les yeux de Paul. Paul et les deux mères meurent bientôt. Nul enjolivement, pas d’esprit, pas d’intrigue, pas de peinture de moeurs. Une promenade de Paul et Virginie, une averse torrentielle, la crise du départ, la tempête où se perd le Saint-Géran : voilà les événements et les ressorts de l’émotion. Le cadre est séduisant : c’est la nature des tropiques avec sa richesse éclatante et ses étranges violences. Deux ou trois paysages de l’Île de France, deux ou trois états du ciel : rien de plus, et cela suffit. Pas de rhétorique, mais un impressionnisme sincère et puissant. Des mots propres, inouïs, bizarres, palmistes, tatamaques, papayers, dressent devant les imaginations françaises, toute une nature insoupçonnée et saisissante. À peine quelques fausses notes que la sentimentalité philosophique de l’époque ne remarquait pas : « les pâles violettes de la mort se confondaient sur ses joues avec les roses de la pudeur ». Ailleurs « ces paisibles enfants de la nature » sont des singes qui se balancent dans les hauts cocotiers. Rousseau nous montrait Montmorency, la Savoie, la Suisse, une nature connue et familière. Ici, nous sommes dépaysés ; et l’étrangeté de ce monde exotique a une force particulière pour exciter en nous le sentiment des beautés naturelles. » Gustave Lanson, Histoire de la littérature française, 1894.

La mort de Virginie par Augustin Legrand.

Roche de Corinne (X). 


Corinne ou Corinna était une poétesse de la Grèce antique, rivale de Pindare. Elle vécut au VIe siècle av. J.-C. et son prénom dérive, tout comme Cora et Coralie, du terme grec korê, qui signifie la jeune fille ou la vierge. Au XIXe siècle, le prénom Corinne connaît une large diffusion en France. Le nom de ce rocher fait référence au roman Corinne ou l’Italie, de Madame de Staël, publié en 1807 et qui raconte l’histoire de la poétesse Corinne, à la recherche de son indépendance dans l'Europe de la fin du XVIIIe siècle. Le livre est un manifeste sur la condition féminine, sur le droit de la femme à vivre en étant indépendante et à exister en tant qu'écrivain. Corinne, c'est Madame de Staël elle-même.

Corinne au Cap Misène, François Gérard, vers 1820. 
Musée des beaux arts de Lyon.  

Gorge Staël (W).

Anne-Louise Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, connue sous le nom de Madame de Staël (1766-1817), est une romancière et essayiste d'origine genevoise. Elle est la fille du banquier Jacques Necker, ministre des finances de Louis XVI et de Suzanne Curchod, femme de lettre qui lui donna un excellente éducation. En 1786, elle épouse le baron Erik Magnus de Staël-Holstein, ambassadeur de Suède en France, dont elle se séparera en 1800. Elle mène une vie sentimentale agitée, en particulier une relation orageuse avec Benjamin Constant, écrivain et homme politique franco-suisse. Elle publie un premier livre en 1788, intitulé Lettres sur les ouvrages et le caractère de Jean-Jacques Rousseau. En 1789, elle soutient la Révolution mais elle doit s’éxiler en Angleterre quand la Convention la considère comme une possible opposante. Revenue en France après Thermidor (juillet 1794), elle publie en septembre des Réflexions sur le procès de la Reine, plaidoyer en faveur de Marie-Antoinette à l'adresse des autres femmes où elle dénonce les misères de la condition féminine.

 Gravure de Hesse d’après le portrait de François Gérard.

En 1798, elle rencontre Bonaparte et fonde de grands espoirs sur le petit général qui la dédaigne immédiatement. Elle publie le roman Delphine en 1802, c’est un brulot féministe qui lui vaut d’être chassée de Paris par Napoléon mais qui lui assure immédiatement un immense succès dans toute l'Europe. Réfugiée en Suisse, elle est interdite de séjour en France. En 1810, elle publie De l’Allemagne véritable pamphlet anti napoléonien, ce qui lui vaut les foudres de l’Empereur, elle doit quitter la Suisse. Commence alors un errance européenne qui la méne en Russie, en Suède puis en Angleterre ou elle rencontre Louis XVIII. De retour en France en 1814, elle espère une carrière politique. Elle meurt en 1817, à l’âge de 51 ans. Dans ses romans, Madame de Staël, présente les femmes comme les victimes des contraintes sociales les empêchant de vivre une vie épanouie. Elle revendique le droit au bonheur pour toutes, et pour elle-même. Cette revendication au droit d'aimer sera reprise par George Sand. C’est elle qui popularise en France l’idée de romantisme littéraire, introduit par Pierre Le Tourneur dans la préface à sa traduction de Shakespeare.

Roches Milton (V).



John Milton (1608-1674) est un poète et un pamphlétaire anglais.
« Satan poursuit sa route, et approche de la limite d'Eden. Le délicieux Paradis, maintenant plus près, couronne de son vert enclos, comme d'un boulevard champêtre, le sommet aplati d'une solitude escarpée ; les flancs hirsutes de ce désert, hérissés d'un buisson épais, capricieux et sauvage, défendent tout abord. Sur sa cime croissaient à une insurmontable hauteur les plus hautes futaies de cèdres, de pins, de sapins, de palmiers, scène sylvaine ; et comme leurs rangs superposent ombrage sur ombrage, ils forment un théâtre de forêts de l'aspect le plus majestueux. Cependant plus haut encore que leurs cimes montait la muraille verdoyante du Paradis : elle ouvrait à notre premier père une vaste perspective sur les contrées environnantes de son empire. » Paradise Lost, Livre IV, traduction de Chateaubriand.

Portrait de John Milton à l’age de 21 ans par Benjamin Vandergucht, 1629.  
National Portrait Gallery, London.

Passage du Rocher Callot (U). 

Jacques Callot, (1592-1635), est un dessinateur et graveur lorrain, dont l'œuvre la plus connue est une série de dix-huit eaux-fortes intitulée « Les Grandes Misères de la guerre », évoquant les ravages de la Guerre de Trente Ans.

Gravure de Lucas Vorsterman.

Gorge de Claude Lorrain (T). 


Claude Gellée, dit le Lorrain (1600-1682), est un peintre emblématique du paysage de style classique.

Sanguine de Claude Lorrain, Teylers Museum.

Rocher Saint-Marcel (S).




Peintre de Barbizon, il séjourna à l’auberge du Père Ganne d’après Albert de la Fizelière dans l’Illustration de 1852.

Belvédère de Nicolas Poussin (R). 


Nicolas Poussin (1594-1665), est un peintre français représentant majeur du classicisme.

Roche d’Henri Rivière (Q). 


Henri Rivière (1827-1883) est homme de lettres et officier de marine français, héros de la conquête du Tonkin, lors de la guerre franco-chinoise. Entré à l'École navale en 1842, il est promu capitaine de frégate en 1870. En 1876, il est affecté en Nouvelle-Calédonie et réprime l'insurrection canaque de 1878. Après la mort de son colonel, il prend le commandement des troupes et ordonne la répression dans la région d'Ourail. Au cours d'une de ces opérations, le chef rebelle Ataï est tué, la traque se poursuit jusqu'aux redditions du début de l'année 1879. Pendant la guerre franco-chinoise, il mène la conquête de Hanoï en 1882. En 1883, les pavillons noirs encerclent Hanoï, tentant une sortie pour briser le siège, il meurt au combat. Henri Rivière est l'auteur de poèmes, romans, pièces de théâtre et souvenirs ainsi que de deux ouvrages sur l'Histoire de la marine. Il est également correspondant du journal La Liberté et collabora à La Revue des Deux Mondes. Cinq bâtiments de la Marine nationale ont porté le nom de Henri Rivière, des rues de plusieurs villes portent son nom.

Henri Rivière par Samuel Adam-Salomon, 1859.

Rocher Vert (P).


Grotte de Delphine (O).



Delphine Goriot, épouse du baron du Nucingen, est un personnage de La Comédie humaine d’Honoré de Balzac dont les aventures débutent dans le Père Goriot, publié en 1835. Née en 1792, Delphine a une sœur aînée, Anastasi. Les deux sœurs se jalousent et se détestent copieusement.

Delphine entre son amant Eugène de Rastignac et son vieux père. 
L'Illustration de 1897.

Chêne d’André Gill (N). Aujourd'hui disparu.
André Gill, pseudonyme de Louis-Alexandre Gosset de Guines (1840-1885), est un caricaturiste, artiste peintre et chansonnier français.

Cabane de Diogène (M).

Diogène de Sinope, également appelé Diogène le Cynique, est un philosophe grec de l'Antiquité et le plus célèbre représentant de l'école cynique (Sinope v. 413 – Corinthe, v. 327 av. J.-C.).


Diogenes par John William Waterhouse, 1882. 
Art Gallery of New South Wales.

Point de vue d’Horace (L). Aujourd'hui disparu.
Horace Vernet (1789-1863), fils de Carle Vernet et petit-fils de Claude Joseph Vernet, il suivit leurs traces dans la peinture militaire dont il fit sa spécialité. Voir les Trois Vernet, groupe de chênes dont deux subsitent encore.

Mare sans nom.





Fontaine Sanguinède et son point de vue (K). 


Le sentier arrive à la Fontaine Sanguinède, construite par Denecourt en 1852 « à l'aide du généreux concours de la personne dont elle porte le nom. Outre ce bienfait, M. Sanguinède, je le dis avec plaisir, m'a fourni les moyens de créer sur d'autres points de la forêt diverses belles choses. L'eau de cette fontaine, quoique blondie par le sol de bruyère d'où elle sort, est bonne à boire. Il se trouve là, pendant la belle saison, quelqu'un autorisé à vendre de la bière et divers autres rafraîchissements ». Monsieur Sanguinède était un riche négociant parisien qui versa la somme de 322 francs en faveur de la souscription ouverte par Denecourt en 1850. La fontaine fut restaurée en 1884 par Charles Colinet, indiquant que : « L’eau que donne cette fontaine étant malsaine, nous renonçons à faire les travaux nécessaires pour lui rendre son filet d’eau. » Voir notre article spécifique sur la Fontaine Sanguinède, ici.

Fin du Sentier des Artistes et de l'Amitié.

Le grand Mont Chauvet, gravure d'Eugène Bléry (1805-1886).