La Gorge aux Loups

En 1850, Denecourt invente le sentier bleu de la Gorge aux Loups. Le Sylvain, enthousiaste, écrit dans son guide que c'est le « site le plus attrayant et le plus délicieux parmi les plus ravissants dela forêt ». Denecourt ajoute : « Ce jardin de fées avec ses nombreux et suaves paysages qui se déroulent comme par enchantement dans les deux kilomètres de mon fil d'Ariane, est quelque chose de trop précieux pour en laisser la jouissance seulement à messieurs les peintres qui habitent Marlotte ». La promenade inaugurale eu lieu le 15 décembre 1850. Malgré le temps froid, une quarantaine de piétons participèrent ainsi que quelques dames montées sur des ânes. 


Gravure tirée d'un « album genévrier » édité par Claude-François Denecourt. 

Du Moyen Âge au début du XXe siècle, la fosse à loups ou « louvière » fut le principal moyen de lutter comme ce prédateur si redouté. Ce piège a marqué la toponymie de nombreux lieux-dits, bien des endroits dans les forêts ou non loin des villages portent un nom qui indique l'ancienne présence de ce genre de cavité. En forêt de Fontainebleau, plusieurs fosses à loups sont attestées dès le XIVe siècle, il en existait une vers la Mare-à-Bauge, une autre vers les Vente Cumiers entre Bourron et Reclose, elle est mentionnée dans une charte de Philippe le Bel datée de 1302. Une troisième fosse à loup est mentionnée en 1402 en bordure de la seigneurie de Bourron1, c'est peut-être l'origine du nom de notre actuelle Gorge aux Loups. 

La Gorge aux Loups par Dominique-Adolphe Grenet de Joigny, 1859. Musée des Beaux-Arts de La Rochelle.

Le 13 avril 1861, Napoléon III signe un décret entérinant le plan d’aménagement de la forêt proposé par l’inspecteur de Frescheville. Ce plan divise la forêt en trois parties dites « séries », la dernière est laissée en dehors de tout aménagement régulier et comprend 1097 ha. à destination artistique (dont 542 ha. de vieilles futaies et 555 ha. de rochers), c’est la fameuse série artistique. La Gorge aux Loups, considérée comme un des plus beaux lieux de la forêt, est incluse dans cette troisième série, l'exploitation du grès y est interdite, les vieux arbres laissés sur pied. Depuis le 9 octobre 1953, la Gorge aux Loups est une réserve biologique intégrale, sa surface fut agrandie et portée à 30 hectares le 11 janvier 1973. Depuis le classement en réserve biologique, le sentier n’est plus accessible au public.

Plan du sentier de la Gorge aux Loups, édité par le Touring-Club de France, vers 1920.

Le sentier inventé par Denecourt commençait du château, à la Grille de Maintenon. Il gravissait la butte d'Henri IV ou Petit Mont Chauvet, traversait le Rocher Bouligny puis le Mont Merle « pour parvenir presqu'aussitôt à l'entrée des tristes débris du Rocher Fourceau, rocher tout dévasté par l'exploitation des grès […] Ayant laissé derrière vous tous ces décombres mal boisés et tous ces vilains chemins avoisinés et pour ainsi dire encombrés de ronces et d'écales de grès », le chemin coupait le plateau des Ventes-Bourbon puis pénétrait dans la futaie des Ventes à la Reine. Enfin, le sentier approchait de l'une des entrées de la Gorge aux Loups, une vallée étroitement encaissée et bien ombragée.

Début du sentier Denecourt.

Chênes de Léopold Robert (A). 


Louis Léopold Robert (1794-1835) est un peintre et graveur neuchâtelois connu pour ses scènes italiennes. Il quitte sa ville natale, La Chaux-de-Fonds à l’âge de 16 ans pour aller à Paris suivre une formation de graveur. En 1812, il est admis à l’atelier du peintre David. En 1831, il reçoit la Légion d’honneur des mains du roi  Louis-Philippe. Il tombe éperdument amoureux de Charlotte Bonaparte, nièce de Napoléon, mariée à Louis Bonaparte, son cousin. Ses espoirs seront déçus, bien que Charlotte soit devenue veuve. Louis Léopold Robert s’installe à Venise en 1832 où il se suicide en 1835. 

 Portrait de Louis Léopold Robert par Prevost.

Le Retour du pèlerinage à la Madone de l'Arc, Musée du Louvre.
Ce tableau remporta un grand succès au Salon de 1827 et fut acheté par le roi Louis-Philippe.

Entrée de la Gorge aux Loups.





Rocher Coignard (B). 



Louis Coignard (1812-1880), est un peintre paysagiste de l’école de Barbizon. Né à Mayenne, ses œuvres étaient fort prisées de la bourgeoisie de sa région natale. Ses paysages comportent souvent des animaux de ferme en pâturages, vaches s’abreuvant à une mare, moutons dans une prairie ou un bois. Louis Coignard montre dans sa peinture des scènes paysannes, des étables, des bergères, des combats de taureaux...  

« Un abreuvoir » par Léon Coignard, musée des Beaux-Arts de Nantes.

Rocher Bonnat (C).




Léon Bonnat (1833-1922) est un peintre connu pour des portraits de personnalités de son temps comme : Louis Pasteur, Alexandre Dumas fils, Victor Hugo, Léon Gambetta, Jules Ferry ... Il étudia la peinture en Italie, en Grèce et au Moyen-Orient, fut professeur à l'École nationale supérieure des beaux-arts et membre de l'Académie des beaux-arts. En 1873, il fit une ascension à bord du ballon Jean Bart avec Gaston Tissandier, fondateur de la revue La Nature. Léon Bonnat légua une partie de son œuvre à sa ville natale, ce fond fut à l’origine du musée des Beaux-Arts de la ville de Bayonne, qui porte aujourd’hui son nom. 

 Portrait de Léon Bonnat par Ferdinand Mulnier, 1881. 

Léon Bonnat dans son atelier en 1885.

Léon Gambetta par Bonnat, 1886, Musée national du Château de Versailles.

Atelier de Rembrandt (D).

Rembrandt Harmenszoon van Rijn (1606-1669), peintre de l’école hollandaise dont la renommée reste sans égal pour la période baroque. Très connu pour ses portraits, Rembrandt réalisa aussi une centaine d’autoportraits qu’il peignit tout au long de sa vie.

Autoportrait, 1648. Rijksmuseum Amsterdam.

Sur le sentier.


Route de la Gorge aux Loups ou descente du Rocher Bébé.




Grotte des Fées (E).
 



La Grotte des Fées, autrefois dénommée par Denecourt « Abri Jean de la Fontaine ». Cette grotte est ornée de gravure préhistorique remarquables dont un char à roues. Classé monument historique le 10 janvier 1953, elle a été murée dans les années 1950 pour éviter toute dégradation.

Relevé effectué par l'association Groupe d'Études, de Recherche et de Sauvegarde de l'Art Rupestre ou GERSAR.

Rocher Bébé.


Vers 1790, lors d’une petite fête organisée à la Gorge aux Loups, André de Cheyssac, dernier Grand Maître des Eaux et Forêt de l’île de France, était tombé sous le charme d’une jeune beauté. Il fit graver sur ce rocher le nom de Bébé, pour perpétuer le souvenir de l’impression que la demoiselle avait faite sur lui.  

Bébé était le surnom donné à Marie-Jeanne Colbert de Chabanais, née à Paris le 10 novembre 1771 de Louis Henri Colbert, comte de Chabanais, colonel d’infanterie des Armées du Roi et de Jeanne David. Elle eut pour frères deux généraux du Ier Empire, Édouard et Auguste Colbert Chabanais. Marie-Jeanne, surnommée Bébé, épousa en 1793, Alexandre de Neufermeil (1756-1839), ancien maître des requêtes ordinaires de l'hôtel du Roi. Elle eut trois enfants dont seule une fille survécut : Louise-Alphonsine, née le 11 octobre 1795. La même année, le 16 octobre, Marie-Jeanne mourut à l’âge de vingt-trois ans. Sa fille épousa en 1815 Amédée David, marquis de Pastoret, futur ministre, chancelier et pair de France. Le peintre Jean-Auguste-Dominique Ingres fit le portrait de Louise-Alphonsine en 1822.

Louise-Alphonsine de Pastoret, née Neufermeil, 
fille de Marie-Jeanne Colbert de Chabanais dite Bébé. Dessin de  Ingres.

« C’était le nom que, dans l’intimité d’une famille distinguée, on donnait à une jeune personne dont la rare beauté et les qualités aimables faisaient l'orgueil de ses parents et les délices de la société. Dans une petite fête donnée à la Gorge aux Loups ses amis inscrivirent ce nom chéri qui devait trop tôt ne plus être répété par eux. Peu de personnes savent aujourd’hui qu’il fut celui de Mademoiselle de Colbert, soeur des généraux de ce nom, marié à M. Alexandre et mère de madame la comtesse Amédée de Pastoret, qui la perdit peu après sa naissance ». Antoine-Laurent Castellan, « Fontainebleau, études pittoresques et historiques » 1840.

Antoine-Laurent Castellan, « Fontainebleau, études pittoresques et historiques » 1840.

Vieux hêtre et ancienne écorce sur le sentier de la Gorge aux Loups.



Chemin du Rocher des Fées.

 Gravure tirée d'un « album genévrier » édité par Claude-François Denecourt.
 
Sur le sentier de la Gorge aux Loups.





Croisement avec la Route des Ventes Héron.

Oasis des Parisiennes.

Hommage de Denecourt à « La Vie parisienne », opéra-bouffe de Jacques Offenbach, livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, créé au théâtre du Palais-Royal le 31 octobre 1866.

Rocher et chêne de Marilhat (F).


Prosper Marilhat (1811-1847) est un peintre orientaliste et naturaliste. Né dans une famille bourgeoise de Thiers en Auvergne, son père banquier le pousse vers une carrière dans la traditionnelle coutellerie thiernoise. Marilhat devient représentant de commerce pour le compte  d'un oncle industriel coutelier. Ses dons pour la peinture et le dessin étant beaucoup plus affirmés que pour la vente de couteau, ses parents l’envoient à paris étudier auprès du peintre Camille Roqueplan. En 1831 il s’embarque pour une expédition scientifique au Moyen-Orient à l’invitation du baron Von Hugel. Il quitte l’expédition en Égypte, et s’installe comme peintre à Alexandrie puis reviens en France sur le même bateau transportant l'obélisque de Louxor qui sera installé place de la Concorde à Paris. 

 Prosper Marilhat par Théodore Chassériau, vers 1835. Musée du Louvre.

Marilhat s’installe dans la capitale où il commence un carrière de peintre orientaliste riche de ses souvenirs d’Égypte. Il peint aussi sa région natale, l’Auvergne et remporte un certain succès au Salon de 1834 et 1835, Théophile Gautier le remarque et s’intéresse à son œuvre. Sur les conseils de Théodore Caruelle d'Aligny, il effectue le traditionnel voyage en Italie, à son retour il voyage en Provence en compagnie de Corot. Il rentre à Paris qu’il ne quittera plus et se lie d’amitié avec Prosper Mérimée. Il meurt à 36 ans, le 13 septembre 1847 après avoir perdu la raison, victime de la syphilis. Son œuvre a attiré l'attention de nombreux graveurs qui reproduisent ses scènes orientales pour différents ouvrages.

 Rue Ezbekiyah au Caire, 1833. Musée de l’Hermitage, Saint Petersburg.

Oasis de Schopin (G).
 


Henri-Frédéric Schopin, né à Lübeck (Saint-Empire romain germanique) en 1804, et mort à Montigny-sur-Loing en 1880, est un peintre français d'origine allemande. Il fut l’élève d'Antoine-Jean Gros, le peintre de la légende napoléonienne. Schopin remporta le prix de Rome en 1831 et débuta au Salon de 1835. Il exposa régulièrement jusqu’en 1879, des tableaux représentant des scènes d’histoire et orientalistes. Napoléon III lui acheta plusieurs tableaux et visita son atelier en 1860. Schopin travailla à la restauration de la chapelle Saint Saturnin du château de Fontainebleau.  

 Frédéric Henri Schopin, portrait par Nadar.

Le divorce de l'impératrice Joséphine par Frédéric Henri Schopin, 1846.
The Wallace Collection, Londres.

Land Art à la Gorge aux Loups.

Une réalisation de Catherine Miquel.

Chêne de Molière.


Voir l'article spécifique sur cet arbre remarquable, ici.

Descente du Rocher des Fées.


La Gorge aux Loups par Oscar Törnå, 1876, Musée National de Suède.

Roche de la Belle Hélène (H).


La Belle Hélène est un opéra-bouffe en trois actes de Jacques Offenbach, livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, la première eu lieu à Paris, au théâtre des Variétés, le 17 décembre 1864. C'est l'une des œuvres les plus connues d'Offenbach et celle qui a rendu célèbre la cantatrice Hortense Schneider. La Belle Hélène a donné son nom au dessert à la poire créé par le cusinier Auguste Escoffier. 

 Hortense Schneider en 1868, photo de Charles Reutlinger.

Le rocher de la Belle Hélène au début du XXe siècle.

Chêne d’Offenbach (I).


 
Jacques (Jacob) Offenbach (1819-1880) est un compositeur et violoncelliste français d'origine allemande. Offenbach est né à Cologne, son père se nomme Isaac Eberst mais il adopte le patronyme d'Offenbach vers 1810, en vertu du décret napoléonien qui oblige les juifs de l’Empire à avoir un nom de famille définitif et à le déclarer à la mairie. En Allemagne, Napoléon supprime les taxes spéciales imposées aux Juifs et leur donne, pour la toute première fois, l'égalité civique et politique, ce qui favorisera grandement leur assimilation. Le jeune Offenbach est envoyé à Paris par son père en 1833 pour poursuivre des études musicales. Renvoyé du conservatoire pour indiscipline, il rejoint l’orchestre de l’Opéra-Comique. 


 Offenbach par Nadar vers 1850.

En 1847, il devient directeur musical de la Comédie-Française, grâce à la notoriété acquise par ses mélodies, puis il crée son propre théâtre en 1855, les Bouffes-Parisiens. Offenbach est le créateur de de l'opéra-bouffe français, ses compositions et leur représentations sur scènes remportent un immense succés durant le Second Empire dont il devient une des figures emblématique. La fête impérial se termine brutalement par la guerre de 1870. Offenbach doit fuir Paris, il y retourne néanmoins rapidement, juste après la Commune pour de nouvelles créations. En 1873, il prend la direction du théâtre de la Gaîté qu’il met très vite en faillite par le coût exorbitant de ses productions. Il meurt à Paris le 5 octobre 1880, à l’àge de 61 ans quatre mois avant la création de son opéra fantastique Les Contes d'Hoffmann, alors en répétition à l'Opéra-Comique. C’est ce dernier ouvrage, créé de façon posthume, qui lui apportera enfin la reconnaissance universelle, en devenant l'un des opéras français les plus joués au monde.

 Jacques Offenbach vers 1868.

Plateau de la Mare aux Fées.





Voir mon article spécifique à la Mare aux fées, ici.

De la Mare aux Fées, au passage du Juif-Érrant, le sentier de la Gorge aux loups se confond avec le sentier des Étroitures.

Chêne d’Henri Murger (J).


Voir mon article spécifique sur le chêne de Murger, ici.

Charmes de Musette.


Musette est le nom d'un personnage du roman « Scènes de la vie de bohème » d’Henri Murger.

Bouquet de Marie-Antoinette (K).


Cet arbre remarquable a aujourd'hui disparu.

Belvédère de Corot (L).



Ce belvédère est nommé en hommage au peintre Jean-Baptiste Corot, voir l'article sur le sentier des Étroitures.

Passage du Juif-Érrant (M).

 



Le Juif errant est un personnage légendaire dont les origines remontent à l'Europe médiévale et qui ne peut pas perdre la vie, car il a perdu la mort. Il erre donc dans le monde entier et apparaît de temps en temps. La légende devient populaire en Europe à partir du XVIe siècle et le Juif errant reçoit le prénom d'Ahaswerus. Il inspire nombre d'écrivains. Le Juif errant, haï partout puisque de nulle part, devient alors le symbole d'un mal incompris à l'instar de la théorie du bouc émissaire. Le thème du Juif errant est très actif dans la production littéraire à l’époque de la Monarchie de Juillet. Le roman éponyme d’Eugène Sue a connu l’un des plus grands succès publics du XIXe siècle.

Chêne de Reyer. 

 
Louis Étienne Ernest Rey, dit Ernest Reyer est un compositeur d’opéras et d’œuvres vocales. Né en 1823 à Marseille au sein d’une famille bourgeoise, il suit les cours du conservatoire et séjourne en Algérie, travaillant comme comptable. C’est là qu’il compose sa première œuvre, une messe qui est jouée à la cathédrale d’Alger lors de l'arrivée, en 1847, d’Henri d’Orléans, duc d'Aumale, nouveau gouverneur d’Algérie. Reyer est à Paris lors de la révolution de 1848, il mène une vie de bohème et se lie d’amitié avec Gustave Flaubert, Théophile Gautier et le chansonnier Pierre Dupont. Il conserve son allure son accent provençale et fréquente les petites gens avec lesquels il aime jouer aux dominos tout en fumant la pipe, cette pipe dont il disait qu'il lui devait ses meilleures inspirations. En 1850, Reyer compose la musique d'une ode symphonique avec chœurs, intitulée Sélam écrite par Théophile Gautier. En 1854, il compose la musique d'un opéra en un acte, Maître Wolfram, jouée à l'Opéra-Comique. Reyer se fait remarquer par Hector Berlioz qui lui trouve du cœur et de l'imagination. Il obtient de bonnes critiques ce qui lui vaut le début d’une certaine renommée. 


Ernest Reyer, 1823-1909.

En 1858 il compose un ballet, Sakountala, en 1861 un opéra-comique La Statue, ces deux œuvres obtiennent un grand succès et sont jouées de nombreuses fois. L'œuvre de Reyer est reconnue et la consécration vient en 1862, lorsque le compositeur marseillais est nommé chevalier de la Légion d'honneur. La même année, il compose Érostrate, un opéra joué en août 1862 au théâtre de Baden-Baden, ce qui lui valut de recevoir la distinction de l'Aigle Rouge des mains de la reine de Prusse. Érostate est un échec à Paris, Reyer est très déçu, mais aussi fatigué, il cesse alors de composer durant plus de vingt ans. Membre de l'Académie des beaux-arts en 1876, ce n'est qu'en janvier 1884, âgé de 61 ans, qu'il fait représenter son œuvre majeure à la Monnaie de Bruxelles, l’opéra Sigurd. L’œuvre connaît un très grand succès à travers l’Europe, notamment grâce à la cantatrice Rose Caron. La dernière grande œuvre de Reyer, l’opéra Salammbô, toujours avec la diva Caron, rencontre aussi un grand succès. L’œuvre est jouée pour la première fois en 1890 et fut composée à Marlotte où le compositeur aimait séjourner. Reyer se retire dans sa maison du Lavandou, dans le Var, où il s’éteint en 1909. Une avenue de Paris porte son nom. 

Portrait d'Ernest Reyer, gravure par Henri Thiriat.

Chêne de Cicéri (N).


Eugène Cicéri (1813-1890) est un peintre, aquarelliste et lithographe de l’école de Barbizon, fils du peintre et décorateur Pierre-Luc-Charles Ciceri. Eugène apprend la peinture auprès de son père et s’installe dans le village de Marlotte en 1849, Il expose pour la première fois au Salon de Paris en 1851. Il publie des recueils de lithographies d'après ses dessins qui témoignent d'un souci de réalisme qui s’éloigne du romantisme, il est un des premiers à utiliser la photographie comme documentation. Il participe aux illustrations des grands recueils du baron Taylor et Charles Nodier, notamment les Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France. Eugène Cicéri avait la réputation d’être généreux et hospitalier, à sa mort le journal Le Gaulois écrira de lui : « Tout ce qui tenait une plume, un pinceau, composait ou grattait d'un instrument était reçu à table ouverte par l'excellent Cicéri. » Sa dernière maison à Marlotte existe toujours, elle est située au 77 de la rue Murger.
Denecourt mentionne aussi au même endroit, le chêne d’Augusta : « nom qui me rappelle un bien bon cœur et une digne amante de nos bois et de nos rochers ». Le chêne d'Augusta a aujourd'hui disparu.

Le Gorge aux Loups, d’Eugène Cicéri, 1852. 
Museum of Fine Arts, Boston.

Montée vers le sommet d’une gorge étroite (O).



Tortue de la Gorge aux Loups.

Rocher Lesueur (P).


Eustache Lesueur (1616-1655) est un peintre et dessinateur de style baroque considéré comme l'un des fondateurs de la peinture française classique. Il fit son apprentissage à partir de 1632 dans l'atelier de Vouet, premier peintre du roi Louis XIII, où il rencontre Le Brun et Mignard. En 1645, il entreprit son premier ouvrage conséquent, le cycle de la Vie de Saint-Bruno, commande de vingt-deux tableaux destinés à décorer le cloître de la Chartreuse de Paris. Il fut l'un des membres fondateurs ainsi que l'un des professeurs de l'Académie royale de peinture et de sculpture. En 1649, la corporation des orfèvres de Paris lui passe commande de La Prédication de Saint Paul à Éphèse, tableau qui sera offert à la cathédrale Notre-Dame. Pour cette composition, le peintre s’inspire du tableau que Raphaël réalisa vers 1515 sur le même thème. Avec la fin de la Fronde en 1653, Le Sueur participe à la rénovation du palais du Louvre. Il travaille dans les appartements d'Anne d'Autriche et la chambre de Louis XIV, alors tout jeune roi de France.

 La Prédication de Saint Paul à Éphèse, 1649. Musée du Louvre. 

Galerie Malibran (Q).


María-Felicia García, (1808-1836) plus connue sous le nom de Maria Malibran et surnommée la Malibran, du nom de son premier mari, est une chanteuse lyrique qui connu une gloire immense qui dépassa de loin son statut d’interprète. Elle suscita de nombreux témoignages d’idolâtrie et incarne la figure même de la diva romantique. Né à Paris d’un père espagnol, Manuel Garcia, célèbre ténor sous le Premier Empire, la jeune Maria vit une enfance difficile avec un père tyrannique qui lui impose une discipline de fer dans l’apprentissage du chant. En 1811, la famille Garcia quitte Paris pour Naples à l’invitation du roi Murat. À la chute de l’Empire et du roi de Naples, les Garcia se réfugient en Italie puis reviennent à Paris où le père de Maria ouvre une école de chant. En 1824, les Garcia partent pour Londres, la famille est engagée pour chanter les opéras de Rossini au King’s Theater, c’est là que le talent de Maria éclate au grand jour, notamment face au castrat Velluti. 

 Madame Malibran dans le rôle de The Maid of Artois.
Opéra de Michael William Balfe. Houghton Library.

En 1825, la famille s’embarque pour New York pour jouer au Park Theater et au City Hotel, le succès est tel que la ville doit adopter son premier règlement stationnement. La beauté et le talent de Maria séduit beaucoup à New York, un de ses premiers courtisans est l’écrivain Fenimore Cooper, le Virgile des forêts américaines, mais elle lui préfère Eugène Malibran qu’elle épouse en 1826. Maria s’ennuie très vite avec son mari et remonte sur scène au Bowery Theatre, elle finit par quitter son époux et rentre en France. De retour à Paris, elle fréquente le salon de la comtesse Mercedes Merlin où ses talents et son charme font le bonheur de George Sand, Balzac, Musser, Mérimée et Rossini. Sa carrière européenne est un grand succès, elle se produit à Londres, Bologne, Milan, Florence, Bruxelles, Amsterdam où elle rencontre le violoniste Charles-Auguste de Bériot avec qui elle a un enfant. En 1836, après avoir pu divorcer de Malibran, elle épouse le père de son fils et entame une nouvelle grande tournée en Angleterre. C’est après une chute de cheval qui lui laisse des séquelles graves qu’elle meurt à Manchester le 23 septembre 1836 à 28 ans. Après son accident elle avait tenu à monter sur scène pour honorer son public. Elle est enterrée à Bruxelles, lieu de résidence de son mari. 

 Maria Malibran dans le rôle de Desdémone par Henri Decaisne, 1831. 
Musée du Grand Palais.

Sur le sentier de la Gorge aux Loups.

Rocher Hugues Martin (R). 

Hugues Martin (1809-1878) est un peintre né à Bordeaux, élève de Xavier Sigalon. La Bretagne, l'Auvergne, la Loire et la forêt de Fontainebleau lui inspireront des paysages romantiques. Ses toiles représentant des scènes de la conquête du Maghreb peuvent le faire classer dans la catégorie des peintres orientalistes. Attaché comme peintre décorateur à l'Académie de musique, Hugues Martin a exécuté les décors de plusieurs opéras et de quelques ballets. Il fréquenta l’auberge du père Gannes à Barbizon et peignit une nature morte aux harengs et aux échalotes sur une cloison en bois de la salle à manger de l’auberge. 

Décor d'Hugues Martin pour l'acte I de la pièce « Corsaire », 1856.

Vallée de Géricault (S).









Théodore Géricault (1791-1824) est un peintre et sculpteur d’inspiration romantique. Issu d’une riche famille, le jeune Géricault fait des études au Lycée Impérial, anciennement lycée royal Louis-Le-Grand, comme avant lui Maximillien Robespierre et plus tard Eugène Delacroix, Victor Hugo et Claude Monet. Théodore étudie la peinture avec comme maître le peintre Carle Vernet, dans son atelier il fréquente son fils, le peintre Horace Vernet. En 1811, il s’inscrit à l’École des Beaux-Arts de Paris et voyage en Italie en 1814. 

 Autoportrait vers 1812, collection privée.

Pour le nouveau Salon du Louvre de 1819, Géricault prépare une œuvre ambitieuse et d’une taille démesurée pour son époque. Le tableau mesure 4 mètres 91 par 7 mètres 16 et a pour thème un épisode tragique de la marine militaire. Le 2 juillet 1816, la frégate La Méduse fait naufrage sur un banc de sable au large de la Mauritanie, l’équipage construit un radeau sur lequel s’entassent 152 marins et soldats avec quelques officiers, ainsi qu'une femme cantinière. L'équipée qui dure 13 jours fait de nombreuses victimes, et donna lieu à des noyades, bagarres et mutineries, tentatives de sabordage ainsi qu'à des faits de cannibalisme. Le brick l’Argus, parti à la recherche de La Méduse retrouve le radeau sur lequel il ne reste que 15 survivants, dont 5 mourront avant l'arrivée à Saint-Louis du Sénégal. Le récit des rescapés provoqua une grande émotion dans l'opinion. Un procès eut lieu en mars 1817 mettant en cause la capitaine Chaumareys qui était un des rescapés. Il fut condamné pour son attitude durant le naufrage bien qu'il était un jeune capitaine fraîchement nommé après son retour d’exil et n’ayant aucune expérience sérieuse. L’affaire fut surtout une mise en cause du gouvernement de Louis XVIII et de ses officiers de marine issu de la noblesse et notoirement incompétents.


 
Études préparatoires de mains et pieds, 1818-1819, Musée Fabre.

En choisissant de représenter cet épisode tragique pour sa première œuvre d'importance, Géricault a conscience que le caractère récent du naufrage suscitera l'intérêt du public. Pour la préparation de son tableau, le jeune peintre fréquente la morgue de l'hôpital Beaujon, étudie le visage de patients sur le point de mourir et va jusqu’à emporter dans son atelier quelques membres humains pour observer leur décomposition. Il construit un modèle réduit du radeau avec la collaboration de survivants, dessine de nombreuses esquisses et peint des études préparatoires. Enfin Géricault se rase le crâne et s’enferme plus de six mois dans son atelier se consacrant nuit et jour à son tableau.

Le radeau de la Méduse, 1818-1819, Musée du Louvre.

Présentée au Salon de 1819, l’œuvre provoque immédiatement la controverse, globalement le tableau est mal accueilli et la critique se déchaîne. Géricault décide alors de quitter la France pour l’Angleterre où il se passionne pour les courses de chevaux qui lui inspirent une série de tableaux. En décembre 1821, le peintre revient à Paris et tombe malade, officiellement suite à une chute de cheval, plus probablement à cause d’une maladie vénérienne. Il fait la rencontre du psychiatre Étienne-Jean Georget à Féricy, près de la forêt de Fontainebleau, sur la rive droite de la Seine. Ce médecin soutient le peintre durant les dernières années de sa vie. Géricault est très affaibli, mais continu à peindre, notamment un série de portraits de malades mentaux internés à l’hôpital de la Salpêtrière. Il meurt le 26 janvier 1824, à 34 ans. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Une statue de bronze ainsi qu’un bas-relief représentant Le Radeau de La Méduse, œuvre du sculpteur Antoine Étex, ornent sa sépulture.


La mort de Géricault, par Ary Scheffer, 1824, Musée du Louvre.
À son chevet, figurent ses amis le colonel Bro de Comères et le peintre Pierre-Joseph Dedreux-Dorcy.

En 1847, Alexandre Corréard, ingénieur hydrographe, fit l’acquisition du Prieuré des Basses-Loges à Avon. Il était l’un des dix survivants du radeau de la Méduse sur cent cinquante-deux naufragés. Il publia, avec le chirurgien Savigny, une relation de ce tragique événement. Corréard avait eu l’idée de créer aux Basses-Loges une grande fabrique de glaces qui ne vit jamais le jour. Parmi les objets qui furent vendus après sa mort en 1857, se trouvaient quatre aquarelles originales de Géricault. Le peintre avait fait poser Corréard pour dessiner le visage d’un des naufragés.

 Alexandre Corréard sur le radeau de la Méduse.

L’antre d’Asmodée.




La Gorge aux Loups et l'antre d'Asmodée, dessin de Tristan-Lacroix, 1889. 

Asmodée est un démon de la Bible possédant de nombreux autres noms. Il est souvent présent dans les science occulte de l'invocation d'entités démoniaques. Le nom Asmodée pourrait signifier en hébreu « celui qui fait périr ». Il est mentionné dans le livre de Tobit, III.8, chassé du corps de Sara par l'archange Raphaël. Traduit en latin par Asmodeus, sa signification est « Le souffle ardent de Dieu ». Sainte Françoise Romaine (1384-1440) relate, dans le chapitre VI de son traité sur l'enfer, qu'Asmodée était dans le ciel un Chérubin avant sa révolte contre Dieu. Il est aujourd'hui l'ange déchu qui préside à tous les péchés de luxure. Surintendant des Enfers et des maisons de jeu, Asmodée sème dissipation et terreur. Selon certaines versions, il serait le serpent qui séduisit Ève. Il est souvent représenté comme un démon aux ailes de chauve-souris, regardant l'intérieur des maisons en soulevant le toit. 
 
Vision fantastique ou Asmodée, Francisco Goya, 1820-1823, Musée du Prado. 

Galerie Alaux (T).




Jean Alaux, dit le Romain (1786-1864), est un peintre académique, initié par son père. Il est admis à l'École des beaux-arts en 1805 puis entre en 1807 dans l’atelier de François-André Vincent où il rencontre Horace Vernet qui deviendra son ami. Il obtient le Premier Prix de Rome en 1815, et séjourne comme pensionnaire à la Villa Médicis de 1816 à 1821. En Italie, il se lie d’amitié avec Ingres, qui fera de lui un portrait daté de 1818. 

Portrait de Jean Alaux par Ingres, Rome 1818.

La même année, Alaux fait le portait d’Ingres dans son atelier de la via Gregoriana. Il assiste au sacre de Charles X à Reims le 29 mai 1825 et rencontre à cette occasion le jeune Victor Hugo dont il fait un portrait. Louis-Philippe le prend entièrement à sa charge et lui confie la réalisation de nombreux travaux de création et de restauration aux châteaux de Versailles et Fontainebleau où il commence la restauration la Galerie François Ier. Son atelier est installé au second étage de la Cour Carré du Louvre, là il peint de nombreuses toiles de grand format dont les Batailles de Denain, Valenciennes et Villaciosa, destinées à la galerie des batailles du château de Versailles. Nommé officier de la Légion d'honneur en 1841, il sera directeur de l'Académie de France à Rome et membre de l'Académie des beaux-arts. En 1858, Napoléon III lui demande de terminer la restauration des fresques du Rosso à Fontainebleau, la restauration se prolonge jusqu’en 1862.

Le baptême de Clovis par Jean Alaux, 1825, Musée de Saint-Denis à Reims.

L’atelier d’Ingres à Rome en 1818 par Jean Alaux, Musée Ingres d’Albi.

Le Fréminet.


Martin Fréminet (1567-1619) est un peintre de l’école maniériste. Henri IV lui confie la décoration de la chapelle de la Trinité du château de Fontainebleau, œuvre maîtresse de sa carrière. Né à Paris, il étudia avec son père, peintre lui aussi, et se lia d’amitié avec le peintre Toussaint Dubreuil. Passage obligé de tous les peintres de la renaissance jusqu’au XIXe siècle, Fréminet part en Italie vers 1587 pour étudier les maîtres comme le Caravage et Michel-Ange, son séjour dans la péninsule se prolonge, il réside à Venise, Rome, Naples et Turin. En 1603, Henri IV le rappelle en France et reçoit la charge de peintre et valet de chambre du roi. Il commence son travail dans la chapelle de la Trinité vers 1608 et s’y consacre jusqu’à sa mort. 

 Chapelle de la Trinité, voûte peinte par Martin Fréminet entre 1608 et 1619.
Le Christ triomphant au jour du jugement dernier, entouré des sept premières intelligences et de la justice.

Très populaire à la cour, apprécié par le roi, Martin Fréminet est aussi le maître de dessin du dauphin Louis (futur Louis XIII). Après la mort du roi en 1610, il reste au service de la reine Marie de Médicis, en 1615, il est anobli par le jeune Louis XIII, qui le fait également membre de l’ordre de Saint-Michel. Il meurt le 18 juin 1619, on l'enterre à l’abbaye cistercienne du Barbeaux, détruite une première fois en 1793 puis définitivement en 1837.

Les deux Ortmans.


« Chênes séculaires plantés là comme deux sentinelles » comme l’écrit Denecourt dans la 16e édition de son indicateur. Le sylvain rend hommage à Modeste Ortmans (1796- ?), signataire de la pétition Denecourt de 1858 et à son fils, François-Auguste Ortmans (1826-1884), artiste peintre de l’école de Barbizon. François-Auguste étudia à l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers. En 1852 il s’installa avec sa femme à Fontainebleau. Son goût pour la forêt l’amena à fréquenter les peintres de Barbizon, dont leur chef de file, Théodore Rousseau. En 1864, Napoléon III acheta un de ses tableaux, Vue prise dans le Mont Ussy, et quatre ans plus tard lui confia la décoration d’une salle du palais de Compiègne. L’empereur lui permit d’installer son atelier au château de Fontainebleau et lorsque les peintures furent terminées, il dirigea leur mise en place au palais de Compiègne. La chute du Second Empire fut une période difficile financièrement pour le couple Ortmans, ils quittèrent Fontainebleau et s’installèrent à Paris où le peintre loua un atelier. François-Auguste est l’auteur du dessin qui sera gravé sur une face de la médaille offerte à Denecourt en 1870 et représentant le François Ier, un chêne du Mont Ussy. Il meurt le 24 novembre 1884. 

 François-Auguste Ortmans dans son atelier.

Denecourt raconte dans son guide de 1855, (10e édition) sa rencontre avec le père et le fils Ortmans dans la Gorge aux Loups, un beau jour de septembre 1854, une heure avant le coucher du soleil. Le fils est en train de peindre, le père joue de la cornemuse juché sur le sommet d’un rocher. Denecourt accompagne quelques touristes, il écrit : « Chacun de nous pour mieux entendre fit silence et ralentit le pas … Ces sons, à la fois romantiques et pleins de poésie, répétés par les échos de la pittoresque vallée, nous faisaient éprouver les plus suaves sensations ! Ils avaient cessé que nous les entendions encore. Le gracieux musicien qui s’était aperçu de notre bonheur, voulut le doubler en jouant immédiatement un air tout à fait délicieux, tout à fait charmant !… Enfin, nous nous approchons pour faire nos grands remerciements, puis nous quittâmes la Gorge aux Loups en emportant des souvenirs les plus agréables, et d’autant plus remplis, que non-seulement l’Ortemans musicien nous avait charmés, mais que le pinceau de l’autre Ortemans achevait une toile également séduisante… Ajoutons que, pour compléter le plaisir que nous procura cette heureuse rencontre, il s’est trouvé là une de nos grandes renommées artistiques, c’est-à-dire M. Robert Fleury. » Joseph-Nicolas Robert-Fleury (1797-1890) est un peintre dhistoire, élève de Gros.

Bouleau mort en forêt de Fontainebleau, François-Auguste Ortmans 1872. Collection privée.

Sur le sentier, vue sur la gorge ou ranz des vaches.
 







Galerie de Rosa Bonheur (U, V).


Marie Rosalie Bonheur, dite Rosa Bonheur, est née à Bordeaux le 16 mars 1822. Raymond, son père, est peintre et transmet son art à Rosa, comme à ses frères Auguste et Isidore et à sa soeur Juliette. Leur mère Sophie est musicienne. Les quatre enfants auront tous une carrière artistique. Rosa expose pour la première fois en 1841, à 19 ans, puis de nouveau en 1845 et 1848. Témoin de la Révolution de février 1848 qui fit tomber de son trône Louis-Philippe, elle expose en 1849 son oeuvre intitulée le Labourage nivernais aujourd’hui au Musée d’Orsay. En 1853 elle connaît la gloire avec son tableau le Marché aux chevaux aujourd’hui exposé au Metropolitan Museum of Art à New York. En 1859, le succès venu, elle s’installe à By, près de Thomery dans une grande demeure qu’elle agrandit en y ajoutant une aile qui sera son atelier. Rosa s’entoure de plein d’animaux et passe ses jours dans son atelier, travaillant longuement ses tableaux. 

 Un cerf en forêt de Fontainebleau, Rosa Bonheur, collection privée.

L’Impératrice Eugénie lui rend visite en 1864, prenant le train pour Avon, dont la ligne est inaugurée en 1850. Eugénie revient en 1865 pour lui remettre la Légion d’Honneur au titre des Beaux Arts. Rosa devient alors la première femme artiste à recevoir cette distinction. Elle s’éteint le 25 mai 1899 dans sa demeure de By, toujours au travail, installant un nouvel atelier pour sa grande amie, la peintre Anna Klumpke qui deviendra sa légataire. Sa tombe est au Père-Lachaise (div.74). 


 Rosa Bonheur avec la Légion d'Honneur, 1865.
Monument à Rosa Bonheur, sculpture d’Isidore Jules Bonheur, inauguré le dimanche 19 mai  1901.
Offert par M. Gambart, consul général d’Espagne à Nice, grand admirateur de Rosa Bonheur. 
La statue fut fondu par le gouvernement de Vichy en 1941.

Atelier de  Duran (X).







Charles Émile Auguste Durand dit Carolus-Duran, (1837-1917) est un artiste peintre, parfois qualifié de « peintre mondain » car considéré comme le portraitiste emblématique de la haute société de la Troisième République. Né à Lille, Durand apprend le dessin à l’Académie de sa ville puis étudie la peinture avec comme maître le peintre François Souchon, lui-même élève du célèbre David. Il arrive à Paris en 1853 et prend alors le pseudonyme de « Carolus-Duran ». Dans la capitale il rencontre et se lie d’amitié avec Gustave Courbet, Édouard Manet et de nombreux autres peintres. En 1859 qu'il expose pour la première fois au Salon. De 1862 à 1866, il voyage à Rome et en Espagne grâce à une bourse d'étude de sa ville natale.

Carolus-Duran, portrait anonyme.
À partir de 1870, il se consacre principalement aux portraits. Son succès lui permet d'ouvrir un atelier à Paris au 81, boulevard du Montparnasse où il enseigne la peinture en prenant Vélasquez comme référence. Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1872. De 1889 à 1900, il est membre du jury de chaque Exposition universelle. Il est cofondateur de la Société nationale des beaux-arts en 1890, membre de l'Académie des beaux-arts et directeur de l'Académie de France à Rome en 1905, poste qu'il occupe jusqu'en 1913. À son propos, Émile Zola écrit : « Seulement Carolus-Duran est un adroit ; il rend Manet compréhensible au bourgeois, il s'en inspire seulement jusqu'à des limites connues, en l'assaisonnant au goût du public. Ajoutez que c'est un technicien fort habile, sachant plaire à la majorité. »

 Henri Regnault mort au champ de bataille, par Carolus-Duran, 1871.
Palais des beaux-arts de Lille

Rocher de Brueghel.

Cette roche est nommé ainsi dans la 7e édition de l’indicateur Denecourt datée de 1851.
Pieter Brueghel dit l'Ancien est un peintre et graveur brabançon né vers 1525 et mort le 9 septembre 1569 à Bruxelles dans les Pays-Bas espagnols. Avec Jan van Eyck, Jérôme Bosch et Pierre Paul Rubens, il est considéré comme l'une des quatre grandes figures de l'École flamande, et l'une des principales de l'École d'Anvers.

« Le peintre et l'acheteur », Pieter Brueghel l'Ancien, 1565. Musée Albertina Vienne.
  
L’Arbre fleuri (Y).
Ce hêtre remarquable a aujourd'hui disparu, Denecourt y avait aménagé sous son ombrage, une table et des bancs en bois.
 
Le Velasquez (Z).
Ce chêne remarquable a aujourd'hui disparu.



Sortie de la Gorge aux Loups, fin du sentier Denecourt.


La Gorge aux Loups par Armand Cassagne, 1823-1907.

Durant l’été de 1819, Charles-Ferdinand d’Artois, duc de Berry, était à la chasse aux cerfs près de la Gorge-aux-Loups. Le prince aperçut, planant en hauteur, un oiseau de grande envergure. Prenant vivement la carabine d’un piqueur, il ajusta l’oiseau, tira, et vit tomber à ses pieds, avec étonnement, un grand aigle. Le cerf fut oublié et l’on reprit le chemin du château au son des cors de chasse. Le lendemain, le prince mettait sous les yeux de son oncle, le roi Louis XVIII, la preuve de son adresse. Les courtisans, en s’extasiant, ne manquèrent pas de dire que le duc de Berry avait décidément tué l’Empire et qu’il fallait qu’un tableau éternisât le souvenir de ce haut fait. L’aigle fut embaumé par M. Lucas, conservateur de la galerie d’histoire naturelle du Jardin du Roi. C’est le peintre Hyppolyte Lecomte qui se chargea de peindre cet exploit. Le duc de Berry n’eut pas le temps de voir le tableau terminé, il fut assassiné le 14 février 1820 par l’ouvrier bonapartiste Louvel.

Le duc de Berry abattant un aigle à la Gorge aux Loups par Hyppolyte Lecomte, 1819, 
Wimpole Hall, Cambridgeshire.


La Gorge-aux-Loups.

Forêt pour qui mon cœur est un amant jaloux,
Sous les rameaux touffus de tes déserts superbes
Où les chênes vainqueurs du temps croissent en gerbes,
Je sais un creux ouvert qu'on nomme Gorge-aux-Loups

A midi, plongez là. - Des oiseaux l'hymne doux
Seul au monde s'entend; en odorantes herbes
Le soleil adoucit ses flèches trop acerbes,
Et le calme de Dieu s'étend jusques en vous.

Ce côté, c'est l'amour. - Quand, las de rêve et d'ombre
On se cherche une issue, on trouve un détroit sombre :
Rocs noirs cachant le ciel dans un ravin profond !

Là, c'est la passion. - Désirs, race affamée,
Je connais, loups du cœur, votre gorge embaumée ! …
C'est une Eden au bord, c'est un enfer au fond.


Edouard Plouvier, Le Musée Universel, octobre 1876.


Sentier dans la Gorge aux Loups, d'après un dessin de Desjobert.

(1) « L'homme contre le loup, une guerre de deux mille ans » par Jean-Marc Moriceau, Fayard 2011.