La Tour Denecourt


Point d’orgue des œuvres de Denecourt en forêt, la tour fut bâtie en 1851. Elle est située sur la pointe Est du Rocher Cassepot, à 136 mètres d’altitude. Denecourt voulait baptiser sa tour Point de vue de Paris, car d’après lui, par temps clair, on pouvait y voir la capitale. Pour parvenir à deviner les toits de la ville, il plaça au sommet de sa tour quatres longues vues. Il semble difficile de croire que les tours de Notre-Dame, alors le plus haut bâtiment de Paris, pouvaient être visible de Fontainebleau.

On conseilla vivement à Denecourt d’honorer Napoléon III en nommant sa tour Fort de l’Empereur. Malgré son aversion pour Badinguet, qui avait renversé la République si chère au Sylvain, Denecourt accepta et la tour fut inaugurée par l’Empereur le 22 novembre 1853.

A gauche, la première tour en 1870, avant qu'elle ne s'écroule. A droite, la tour en 1906.

Dans la 17e édition de son indicateur, daté de 1867, Denecourt raconte l’inauguration de sa tour par l’Empereur.  

« En 1851, lorsque je faisais élever ce belvédère, cadeau le plus coûteux parmi tous ceux que j’ai faits à ma bien-aimée forêt, je pensais que c’était là le couronnement de mes humbles créations. Combien je m’abusais ! Combien d’autres sites et d’autres points de vue j’ai depuis rendus accesible et mis en lumière ! Et cela toujours au prix de mes efforts et du produit de mon labeur, espérant qu’un jour viendrait où je serais, sinon rémunéré de mes peines et déboursés, mais du moins puissamment aidé dans l’accomplissement de mon œuvre, dont l’utilité est si avérée ! Ce jour tant désiré, je l’ai cru arrivé lorsque le 22 novembre 1853, ici, sur le haut de cette abrupte tour, l’Empereur me fit la promesse suivante : JE SONGERAI A VOUS. Le contentement que, naturellement, me firent éprouver ces paroles du Souverain, n’a fait qu’augmenter le landemain, 23, lorsque la nouvelle m’est venue du Château que j’allais être généreusement récompensé et puissamment aidé dans la continuation de mes travaux. Bien plus, la croix de la Légion d’honneur devait compléter cet acte de justice. Mais, si à l’étonnement de bien du monde, rien de toutes ces belles et bonnes choses n’est venu, mon amour pour ma chère forêt ne s’en est nullement refroidi ... »

On a dù estimer en haut lieu, que Denecourt, irréductible républicain, n’avais pas donné assez de gage de fidélité au nouvel Empire.

 Le Fort de l’Empereur, lithographie tirée de l'album souvenir de Fontainebleau.

Dans la 16e édition de son indicateur, daté de 1856, Denecourt écrit à propos de sa tour : « Fort de l'Empereur, construction imposante et la plus considérable de mes créations. Elle se compose d'une tour bâtie sans mortier et élevée à deux étages avec plate-forme et parapet, le second étage renferme une cabine avec bancs où peuvent s'abriter en cas d'averse, huit à dix personnes. Elle est surmontée d'un belvéder d'où l'on découvre plus de soixante lieues d'horizon, et même Paris lorsque le temps est bien clair. […] Ayant gravi les quarante-quatre marches, promenons d'abord nos regards étonnés sur l'immensité du point de vue, et ensuite donnons successivement un coup d'œil dans les quatre lunettes qui sont braquées là comme des pièces de canons sur un bastion. Vous dire toutes les villes, toutes les bourgades et tous les monuments que l'on découvre, serait une tâche par trop difficile pour moi : les endroits que j'ai pu reconnaître sont : Paris, Saint-Denis, Saint-Germain-en-Laye, Montlhéry, Corbeil, Villeneuve-Saint-Georges, Brie-Comte-Robert, Melun, Tournant, Chaume, Blandy, Rozoy, Mormant, Champeaux, etc. Mais ce qui ajoute très bien à l'intérêt qu'offre cet incommensurable panorama c'est le chemin de fer de Lyon, ce sont les longues files de wagons se croisant et se succédant à chaque instant en dessinant, dans leur course rapide et furibonde, l’image de terribles et gigantesques serpents dont les sifflements aigus, répétés par l'écho de nos bois et de nos rochers, complètent en quelque sorte l'illusion. » 

 La tour fut le premier observatoire servant de vigie afin lutter contre les incendies.

Le 28 janvier 1878, à midi, la tour s’écroule, un tremblement de terre vient de secouer la vallée de la Seine, de Montereau à Corbeil. Charles Colinet, le successeur de Denecourt, prend en charge la reconstruction. Une somme de 2500 francs est nécessaire pour qu’elle puisse être relevée, consolidée et rehaussée de deux mètres. L’argent est réuni en quatre mois, au moyen d'une souscription publique. Le 12 juillet 1878, la nouvelle tour est inaugurée. Un médaillon en bronze, portrait de Denecourt, oeuvre du sculpteur Adam-Salomon, y est scellé.

Le Fort l’Empereur est rebaptisée Tour Denecourt en 1882, suite à une décision du conseil municipal de Fontainebleau. La même année, on baptisa du nom de Denecourt une rue et une place du centre ville. La rue existe toujours, la place porte aujourd’hui le nom de Napoléon Bonaparte. Le journal le Tintamarre relate l’événement dans un article du 3 mars 1882, signé par le journaliste Charles Desmarets : « De temps en temps, en France, on enlève une des nombreuses taches impériales qui s'étalent encore sur le territoire. C'est ce qu'on pourrait appeler : patriotisme et propreté mélés. Voici, à ce sujet, ce que j'ai lu dans un journal du matin : Le conseil municipale de Fontainebleau a, dans sa dernière séance, émis le vœu qu'à l'avenir le belvédère connu sous le nom de Fort-l'Empereur, soit dénommé Tour Denecourt, en souvenir de l'homme qui a initié les touristes aux beautés de la forêt, en traçant, la pioche à la main, l'étonnant réseau de sentiers qui guide les visiteurs à travers ladite forêt. »

Ce vœu, reconnaissant et sage,
Au susdit conseil fait honneur ;
Car le nom maudit d'Empereur
Fait très mal dans le paysage.

Le 4 juillet 1936, pour célébrer le centenaire de la création des sentiers par Denecourt
(en fait le centenaire du premier guide), une plaque commémorative est fixée sur la tour
par l'Association des Amis de la Forêt.



Les tables d’orientations actuelles furent posées en 1985, remplaçant de précédentes installées en 1965 mais qui furent vandalisées. Ces deux tables ont été fabriquées en lave émaillée à Orlat-Ébreuil dans l’Allier.
















La Butte Monceau à Avon, vue de la tour.

Samoreau et la route départementale 210 ou Voie de la Liberté, vue de la tour.