7 juillet 1944, l’assassinat de Georges Mandel.

Monument en hommage à Georges Mandel, sur la RD607.

Georges Mandel, de son vrai nom Louis Georges Rothschild, est né en 1885 à Chatou dans les Yvelines. Son père est un modeste tailleur issu d’une famille juive d’Alsace qui décida de rester française après l’annexion allemande de 1870. À 21 ans, il entre à L'Aurore, le journal de Georges Clemenceau, et s’engage en faveur d'Alfred Dreyfus. En 1906, Clemenceau accède à la présidence du Conseil et prend Mandel comme un de ses secrétaires. Le Tigre, jamais avare de bons mots acerbes, dira de lui : « Il n'a pas d'idées mais il est prêt à les défendre jusqu'à la mort »

Louis Georges Rothschild, alias Georges Mandel.

Clemenceau revient au pouvoir en 1917, la situation militaire est critique, il prend Mandel comme chef de cabinet, rétablit la situation et emporte la victoire. Après la Grande Guerre, Mandel est élu député de la Gironde en 1920, il perd son mandat en 1924 face au Cartel des gauches, mais il est réélu continûment aux élections de 1928, de 1932 et de 1936. Il fait partie du groupe des députés Indépendants, puis des Indépendants républicains proches de la Fédération républicaine, le grand parti de la droite libérale et conservatrice. Mandel n’a pas poursuivi dans le sillon très à gauche de Clemenceau, son mentor. En 1934, il est nommé ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones. Il suit le tournant technologique de l’époque et inaugure la première émission de télévision publique le 26 avril 1935. L’année suivante, il fait enregistrer les émissions de TSF françaises et étrangères sur des disques 78 tours pour conserver des archives sonores. 

Enregistrement des émissions de TSF par la radio d'état en 1936.

Mandel est un homme de droite et lors de la victoire du Front Populaire, au printemps 1936, il s’oppose au gouvernement de Léon Blum. Il critique les réformes sociales du fait qu’elles risquent, selon lui, d’affaiblir la productivité française face à la menace de l’Allemagne nazie en plein réarmement. Après la chute du Front populaire, il est nommé ministre des Colonies d'avril 1938 à mai 1940, et s'emploie à préparer l'empire colonial français à un conflit qu'il sait inévitable. Il va jusqu’à proposer une alliance avec l'Union soviétique pour faire face à la menace hitlérienne, puis il proteste vigoureusement contre les accords de Munich. Le gouvernement de Paul Reynaud le nomme ministre de l’Intérieur. Lors de l’invasion allemande de juin 1940, il envisage un « réduit breton » pour l’armée française puis un repli sur l'Afrique du Nord. Il fait partie de ceux qui conseillent au général de Gaulle de rejoindre Londres pour représenter la France libre. Lorsque Philippe Pétain est nommé Président du Conseil, le 16 juin 1940, Mandel est arrêté le lendemain par ordre direct du maréchal. Néanmoins, Pétain le libère très vite. Alors, Mandel s’embarque pour le Maroc où il est de nouveau arrêté le 8 août. Rapatrié en France, il est condamné à la prison à vie, le 7 novembre 1941, par un tribunal d’exception voulu par Pétain et emprisonné au fort du Portalet, dans les Pyrénées. 

Georges Mandel, député de la Gironde en 1932.
Photographie de presse de l'agence Meurisse, BNF.

Suite à l’invasion de la zone libre par l’armée allemande en novembre 1942, Mandel est envoyé dans le camp d’Oranienburg-Sachsenhausen, puis incarcéré près de Buchenwald, dans un camp spécial destiné aux hommes politiques des pays occupés et où se trouve déjà Léon Blum. Il est finalement rapatrié à la prison de la Santé à Paris, le 4 juillet 1944. Le 7 juillet, la Milice le fait sortir de sa cellule et l’emmène dans une voiture suivie d’une autre, en direction du sud de Paris. Vers 19h, sur la nationale 7 entre Fontainebleau et Nemours, le chauffeur simule une panne, les deux voitures s’arrêtent et tout le monde sort sur le bas-côté de la route en bordure de la forêt. Soudain des coups de feu éclatent, un des miliciens tire deux balles de 9mm Parabellum sur Mandel, l’une d’elles le touche mortellement à la tête, il tombe face contre la route. Le tireur s’approche, tire cinq autres balles dans le corps, recharge son arme et tire plusieurs autres coups sur une des voitures, dans le but de faire croire à une embuscade. Les analyses balistiques démontrent que les balles extraites du corps de Mandel et de la voiture, une Citroën traction avant, proviennent de la même arme, un Luger P08 allemand.

Médaillon du sculpteur François Cogné.

Qui est l’assassin ? À la Libération, les autres miliciens présents lors du crime, accusent un certain Mansuy, pseudonyme de Maurice Solnlen, c’est lui qui aurait tué Mandel. Solnlen est un voyou qui a été recruté par la Milice. Sa mort est longtemps restée mystérieuse, ce n’est qu’en 2004 que de nouveaux témoignages éclairent la fin de ce milicien1. Espérant apparaître comme un résistant lors de la Libération, Solnlen est reconnu dans l’Hôtel de Ville de Paris le 26 août 1944. Arrêté, il réussit à s’enfuir à la faveur d’une panne de courant mais on le retrouve très vite. Longuement interrogé, un FFI lui tire dessus « pour l’impressionner », Solnlen est gravement blessé. Le capitaine Roger Stéphane demande à ce qu’on le soigne mais un colonel du deuxième bureau refuse et déclare : « En raison des tortures qu’il a infligées, Mansuy peut bien agoniser ». Le colonel fini par lui tirer une balle dans la nuque. Cette dernière version a été récemment contestée2, les circonstances et les raisons de la mort du milicien restent mystérieuses et illustrent les liaisons dangereuses entre miliciens, truands et résistants.

Maurice Solnlen, alias Mansuy, Archives Nationale.

Le 8 juillet 1946, une stèle est inaugurée approximativement là où Georges Mandel a été assassiné. Lors de la cérémonie, étaient présents Michel Clemenceau, le fils du Tigre, Paul Reynaud et Léon Blum. Sur le monument est gravé cette phrase du poète Tristan l'Hermite : « Lorsqu'il fut tombé sanglant dans la poussière les mains de la Victoire ont fermé ses paupières ». 

1. « Roger Stéphane, biographie » par Olivier Philipponnat et Patrick Lienhardt , édition Grasset, 2004.
2. « Liaisons dangereuses, miliciens, truands, résistants » par Jean-Marie Berlière et François le Goarant de Tromelin, édition Perrin, 2013.


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