18 déc. 2014

Le feu d'artifice.

La Voix de la Forêt est le journal de l'Association des Amis de la Forêt de Fontainebleau. Le premier numéro fut publié en 1938, puis d'une manière irrégulière jusqu'à la fin des années 70, enfin annuellement depuis 1981. Pour l'année 2014, la photo de couverture est une de mes photographies de la forêt, j'en suis très fier ! Bien qu'ayant fait un certain nombre de couverture dans ma carrière de photographe de presse, celle-ci revêt pour moi un caractère particulier, comme si je remerciais la forêt pour tout ce qu'elle m'a donné.

Le premier numéro de la Voix de la Forêt, daté de 1938.


En couverture, ma photographie du chêne dit « le feu d'artifice ». Denecourt mentionne ce grand chêne, il écrit dans la 16e édition de son indicateur (1856) : « Les uns l’appellent la Girandole, les autres le Bouquet du feu d’artifice. Quant à nous, parrain de tant de baptêmes, nous l’appelons le bouquet de Saint-Jean, en mémoire au célèbre peintre de fleurs. »


  Le feu d'artifice est aujourd'hui un des plus gros chênes de la forêt avec 680 cm de tour.

Une carte postale éditée au début du XXe siècle et colorisée.


Une carte postale éditée au début du XXe siècle et colorisée.

4 oct. 2014

Jean-François Millet, le peintre de la condition humaine.

Millet est né le 4 octobre 1814 à Gréville, petit village près de Cherbourg en Basse-Normandie. Il est l'aîné d'une famille de 8 enfants, ses parents sont de modestes paysans qui exploitent une petite ferme non loin des falaises qui dominent la Manche. Un grand oncle prêtre lui donne une éducation et Millet prend le goût de la lecture. Son père admet que son fils a un don pour le dessin et l’inscrit dans l’atelier d’un peintre local. Une bourse lui permet d’aller étudier aux Beaux-Arts à Paris. Provincial désargenté, la vie parisienne n’est pas facile pour Millet. Son professeur, le peintre Paul Delaroche, le méprise en l’appelant « l’homme des bois » et refuse de l’inscrire pour le prix de Rome. Millet quitte son atelier et séjourne entre Cherbourg et Paris de 1837 à 1848. Il vit de sa peinture, très modestement, peignant des nus un peu libertins, inspirés de Fragonard et Boucher ainsi que des portraits. Millet fait la connaissance de nombreux artistes et surtout d’Alfred Sensier, un employé du Ministère de l'Intérieur qui restera son ami fidèle, son mécène et son agent.

La maison natale de Jean-François Millet à Gréville.

La révolution de 1848 apporte à Millet un peu de notoriété, Ledru-Rollin lui achète un tableau. Les républicains aimeraient qu’il prenne une part active aux affaires de la seconde République, à l’instar du peintre Gustave Courbet. Millet refuse prétextant ne rien entendre à la politique, en fait il souhaite consacrer toute son énergie à son art. L’épidémie de choléra, qui sévit à Paris en 1849, pousse Millet et sa famille à chercher refuge à la campagne. Avec son ami Charles Jacques, Millet s’installe à Barbizon, alors un petit hameau dépendant du village de Chailly. Il y restera toute sa vie et c'est là qu'il produira l'essentiel de son œuvre. Lorsqu'il arrive à Barbizon, Théodore Rousseau y est déjà installé, une grande amitié s’établit entre les deux peintres. 

Maison et atelier de Millet à Barbizon.

Loin de l'agitation de Paris, Millet mène une vie simple. Il installe son atelier dans une grange qu'il aménage en conséquence. Il ne travaille pas sur le motif  contrairement aux autres peintres de l’école de Barbizon. Il peint dans son atelier et fait des croquis lors de ces promenades en forêt et dans les champs où ils rencontrent les paysans de la région. Sa santé est fragile et il ne peut passer des journées entières dehors, été comme hiver, comme le fait son ami Rousseau. Ayant prit comme sujet principal, la vie des paysans pauvres de la plaine de Chailly, Millet fait preuve d’audace et ses détracteurs sont nombreux. La condition paysanne n’intéresse pas ou peu. Baudelaire, alors jeune critique, considère que les paysans de Millet sont « une manière d'abrutissement sombre et fatal qui me donne envie de les haïr. » 

Pour Millet, cette paysannerie est celle de son enfance, et dans ce siècle qui voit le progrès devenir une sorte de nouveau démiurge, les scènes champêtres sont pour le peintre comme une survivance d’un monde ancien voué à la disparition. Millet a une vision pessimiste du monde et de cette société qui se tranforme si radicalement : « Si je pouvais faire ce que je veux, je ne ferais rien qui ne fût le résultat d’une impression provoquée par l’aspect tragique de la nature. Ce n’est jamais le côté joyeux des choses qui m’apparaît. Le côté joyeux, je ne le sens pas, je n’y crois pas. Pour moi la vie est un drame sombre. J’y reconnais partout une implacable fatalité. C’est pour cette raison que je m’efforce de faire en sorte que mes personnages aient l’air horriblement soumis à leur condition, sans qu’il leur puisse venir à l’idée d’en changer. J’ai horreur des inutilités, des remplissages, des gentillesses. »

Autoportrait

Les années passent et Millet accède à la notoriété, une partie de la critique lui est devenue favorable, on lui remet la Légion d'Honneur en 1868. Considéré un temps comme socialiste, le peintre est devenu un artiste apprécié par la bourgeoisie conformiste et catholique qui voit dans ses scènes de la vie paysanne le cliché d’une foi simple et soumise. Pourtant, l’homme n’est pas un bon chrétien, il ne va pas à la messe et il n’est même pas marié avec la mère de ses neuf enfants. Ce n’est qu’en 1874, qu’il accepte d’épouser religieusement Catherine Lemaire. La guerre de 1870 et l'avancée de Prussiens amenent Millet et sa famille à se réfugier à Cherbourg. Il peint quelques marines et retarde son retour, dans une lettre à son ami Sensier, il écrit « Il est probable que maintenant nous ne tarderons guère à revenir à barbizon. J'en serai en même temps bien aise et fâché. Il me tarde tant de me voir réinstallé dans mon atelier et de pouvoir travailler mais, d'un autre côté, je sens que j'ai repris racine dans mon lieu natal, que ce sera un arrachement quand il m'en faudra partir Je l'aime tant, mon endroit natal ! Je sens bien que j'aurai, une fois revenu, le mal du Pays. Comme je penserai souvent à la solitude des rivages où on n'entend que le bruit du flot et les cris des mouettes ! J'appréhende réellement le contact des gens civilisés, des gens intelligents (comme on appelle ça), de ceux qui remuent les questions dites politiques, philosophiques, etc. »

Portrait par Nadar, vers 1857.

Millet s’éteint dans sa maison de Barbizon le 20 janvier 1875, à l'âge de 61 ans. Il est enterré au cimetière de Chailly-en-Bière, sa tombe côtoie celle de son ami Théodore Rousseau, mort en le 22 décembre 1867. Curieusemen, la date de naissance sur la pierre tombale de Millet est fausse, elle indique 1815.

Tombe de Millet au cimetière de Chailly.

L’œuvre de Millet a connu une grande postérité, il ouvrit la voie aux impressionnistes, dont la gloire éclipsa la sienne. Van Gogh, qui voyait en lui un véritable père a reproduit à sa façon les scènes rurales de Millet. Son tableau intitulé L’Angélus, peint en 1857, est devenu une sorte d’icône internationale, connu dans le monde entier. De nombreux peintres furent fascinés par la peinture de Millet, Salvador Dali en particulier, qui publia en 1938 un livre entièrement dédié à l’Angélus. En 1963, Le Louvre fit radiographier le tableau, on découvrira ce qu’on appelle un remord, à la place du panier de pommes de terre se trouve un caisson noir. Pour Dali, c’est un cercueil d’enfant, les parents se recueillant devant la dépouille de leur enfant.

Portrait par Carjat, vers 1860.

Millet et la forêt de Fontainebleau.

« Si vous voyez comme la forêt est belle ! J’y cours quelquefois à la fin du jour, après ma journée, et j’en reviens écrasé à chaque fois. C’est d’un calme, d’une épouvantable grandeur, au point que je me surprends ayant véritablement peur. Je ne sais pas ce que ces gueux d’arbre là se disent entre eux, mais ils se disent quelque chose que nous n’entendons pas, parce que nous ne parlons pas la même langue, voilà tout. Je crois seulement qu’à l’inverse de messieurs les journalistes du café Tortori, ils font très peu de calembours. La forêt, la nuit, avec ses effondrements de rochers aux proportions démesurées, m’évoque l’origine du monde, quand le chaos en mouvement broyait des générations d’êtres humains ou que l’esprit de Dieu planait sur les eaux. J’irai tout à l’heure demander à Rousseau s’il veut y faire un tour avec moi. La forêt, le silence, la solitude, Rousseau les aime encore mieux que moi. Il y est comme le marin sur la mer. Au plateau de Belle-Croix, pendant des heures, immobile sur un rocher comme un capitaine sur sa dunette, il a l’air de faire son quart. Il ne peint pas, il contemple, il laisse ses chers arbres lui entrer lentement et profondément dans l’âme. C’est un homme fort que Rousseau ! »

Jean-François Millet, lettre à Alfred Sensier, 1850.


L'Angélus, vers 1857, Musée d'Orsay.

Les glaneuses, 1857, Musée d'Orsay.

Les planteurs de pommes de terre, 1862, Museum of Fine Arts, Boston.

Vigneron au repos, vers 1869, Collection Mesdag, La Haye.

Le semeur, 1850, Museum of Fine Arts, Boston.

La fille aux oies, vers 1863, Walters Art Museum, Baltimore.

Les scieurs de bois, 1852, Victoria & Albert Museum, Londres.

Les ramasseurs de bois, musée Pouchkine, Moscou.

Le coup de vent, vers 1871, National Museum of Wales.

Le printemps, 1873, Musée d'Orsay.

Chasse des oiseaux avec des feux, 1874, Philadelphia Museum of Art.

La nuit étoilée, Yale University Art Gallery.

Le Millet, chêne remarquable à cheval sur une roche, parcelle 884, le Bas Cuvier.

Visitez l'atelier de Millet à Barbizon : www.atelier-millet.fr